mercredi 25 mai 2011

Cannes - Séances de rattrapage

Que ceux qui ont hâte de voir les films présentés au dernier festival de Cannes peuvent se réjouir ! Le forum des Images propose de découvrir, du 25 mai 5 juin, les longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs.

Parmi les plus attendus, citons les nouveaux films du trio Abel-Gordon-Romy, La fée, et de Bouli Lanners Les Géants ainsi que de nombreux premiers longs métrages : Atmen, Après le Sud, Corpo Celeste, The other side of sleep et En Ville.

Les Géants de Bouli Lanners
 © Dominique Houcmant 

Le cinéma Le reflet Médécis propose également un retour sur les films de la sélection Un Certain Regard, du 25 au 31 mai, parmi lesquels Au Revoir de Mohammad Rasoulof, Restless de Gus Van Sant et Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin qui ont déjà été évoqués dans Mon Cinématographe.

Parmi les autres films attendus, citons Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki, L'exercice de l'état de Pierre Schoeller et les deux films qui ont remportés le prix un Certain Regard, Arrêt en pleine voie d'Andréas Dresen et Arirang de Kim Ki-duk.

Quinzaine des Réalisateurs au Forum des Images, du 25 mai au 5 juin.
2, rue du Cinéma - 75001 Paris. Renseignements : www.forumdesimages.fr 
Un Certain Regard au Reflet Médécis, du 25 au 31 mai.
3, rue Champollion - 75005 Paris. Renseignements : http://reflet.cine.allocine.fr/

La Conquête



"J'aurais dû l'écraser. Et du pied gauche, encore, ça m'aurait porté chance". Les répliques savoureuses ne manquent pas dans La Conquête, le premier long métrage français consacré à un président de la république en exercice, Nicolas Sarkozy. Cette phrase vacharde, on l'a doit à Jacques Chirac, l'un des protagonistes de cette farce politique qui prétend nous montrer les coulisses d'une campagne présidentielle. A la conclusion, beaucoup de bruit pour pas grand chose. 

Il faut d'abord évoquer l'acteur Denys Podalydès qui a réussi le prodige de ne pas imiter Sarkozy mais d'en garder la substance tout en créant un vrai personnage de cinéma. Cruel, grossier, calculateur, l'acteur incarne le ministre-candidat avec une réelle conviction en l'amenant vers une humanité inattendue, le rendant presque émouvant lorsque Cécilia le quitte. Leur relation fusionnelle est le noeud dramatique de l'intrigue qui débute le 6 mai 2007, le jour de l'élection, où le futur président, alors qu'il va enfin accéder à la fonction suprême, se retrouve désespérément seul. C'est l'aspect le plus réussi du film, un couple qui vole en éclats au moment où les ambitions deviennent trop fortes. Florence Pernel apporte une belle sensibilité au personnage de Cécilia, la seule à exister face à l'ogre Sarkozy. 

Denys Podalydès et Florence Pernel

Car tous les autres en sont réduits à des caricatures, formant un théâtre de guignols amusant mais vain. La haine Sarkozy-Villepin, l'ambiguité du rapport Chirac-Sarkozy en sont réduits à des échanges prévisibles où l'on compte les points. Le réalisateur Xavier Durringer et le scénariste Patrick Rotman ne sont pas parvenus à dépasser l'anecdote journalistique. Si l'on doit au second une description assez juste des moeurs politiques, on peut reprocher au premier la platitude de sa mise en scène qui ne cherche jamais à apporter un éclairage nouveau. Pire, certaines séquences font vraiment cheap, notamment lors de la recréation du 6 mai, digne d'un vulgaire téléfilm. 

A moins d'avoir été à l'écart de l'évènement, le spectateur se sentira frustré de ne rien apprendre de neuf sur un sujet largement rebattu. Et le fait de l'avoir tourné au moment où l'homme est toujours dans ses fonctions empêche d'avoir le recul nécessaire. 2007 semble déjà loin et le film lui-même paraît bien daté. 

Antoine Jullien 


DVD et Blu-Ray disponibles chez Gaumont.
Retrouvez L'INTERVIEW de Samuel Labarthe.

The tree of life


Pour paraphraser le célèbre discours de Stanley Kubrick, on pourrait dire de The Tree of life que quiconque à eu le privilège de le voir sait que peu de choses dans la vie peuvent se comparer à ce que l'on ressent alors. Une expérience de cinéma à laquelle nous convie Terrence Malick, l'ermite le plus célèbre et secret du cinéma mondial, ne se montrant pas en public à cause d'une timidité supposée maladive et n'allant pas chercher la récompense suprême que le jury de Robert De Niro lui a décernée, la Palme d'or, le Graal que tous les cinéastes rêvent un jour de détenir entre leurs mains. Une absence médiatique exceptionnelle qui ne fait qu'amplifier l'excitation autour de l'oeuvre du cinéaste. Mais les délires les plus fous ont pris fin le jour de sa présentation cannoise. On peut enfin parler de The Tree of life

Dans le Texas des années 50, Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante et généreuse. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, puis à affronter l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un évènement dramatique vient perturber cet équilibre fragile. 


Ce synopsis ne rend pas compte des images que Terrence Malick nous projette. Car le film ne raconte pas seulement un drame familial et les réminiscences de Jack adulte sur son enfance, il nous parle également de la création de l'univers et de la confrontation de l'homme face à son milieu naturel. L'homme et la nature est un thème récurrent dans l'oeuvre de Terrence Malick et le cinéaste a toujours filmé des êtres que l'environnement fragilise ou élève. La dimension mystique est présente, plus que jamais, dans "l'arbre de vie" où l'ambition du cinéaste semble avoir atteint des proportions inédites. Mais si ses admirateurs attachaient une grande importance à son discours, les autres estimaient parfois qu'il débordait de poésie new-age pompière et naïve qui écrasait ses films (à l'exception des Moissons du ciel, son chef d'oeuvre). Là encore, Malick convie Dieu à chaque séquence et cette religiosité un peu envahissante pourra en irriter plus d'un. Mais comme tous les grands films qui nous échappent, l'important est ailleurs. 

L'image, ce mot n'aura jamais atteint un tel degré d'incarnation qu'à la vision de The tree of life. La première partie du long métrage, qui montre à la fois des moments de la vie de Jack enfant et de lui aujourd'hui se remémorant ces instants, est d'une puissance cinématographique inégalée. Dès le premier plan, un frisson ininterrompu vous parcourt et le cinéma devient alors sensoriel, organique et vous amène vers des sensations que nul autre film ne peut vous procurer. Un extraordinaire travail de la caméra permet à Malick de faire ressentir au spectateur les vibrations du corps et de l'âme, ces instants de flottement dans lesquels tous les repères semblent flous. Soudain, cette splendeur visuelle vous arrache des larmes sans que vous n'arriviez à comprendre pourquoi. Le cinéma, ce mot parfois trop galvaudé, retrouve une dimension que seuls quelques immenses créateurs arrivent à porter vers des territoires inconnus. Terrence Malick est de ceux-là. 


Mais le film dure 2h18 et ne tient cependant pas toutes les promesses que cette première partie pouvait laisser augurer. Si le cinéaste fascine encore avec ses images de big-bang, de volcans et d'océans, il déroule par la suite un récit plus linéaire où le drame familial prend toute la place. L'intrigue, jusqu'à alors nécessairement chaotique, devient presque fade, s'attachant à montrer la relation conflictuelle entre un père et ses enfants. Et la fin libératrice sur une plage où les morts côtoient les vivants pourra raviver chez les esprits moqueurs des critiques acides que l'on peut difficilement contester. De même que ces dinosaures, tout droit sortis de Jurassic Park, faisant plus de mal que de bien au récit. 

Alors, que retenir ? Un film inégal, incontestablement, et si Terrence Malick a épuisé cinq monteurs pour parvenir à ce résultat, c'est bien la preuve qu'il devait se nourrir de ces imperfections. Mais il ne peut pas mériter de jugement à l'emporte-pièce car il s'agit véritablement d'une oeuvre de création. Balourde et confuse, peut-être. Mais qui hante longtemps, au point de vouloir le revoir instantanément, rien que pour ces plans de la naissance d'un enfant, d'une grâce, osons le dire, divine. 

Antoine Jullien



DVD et Blu-Ray disponibles chez Europa.

lundi 23 mai 2011

Cannes - Palmarès

The tree of life de Terrence Malick  Europa Corp.

Robert De Niro et son jury ont en décidé ainsi. Le film que tous les festivaliers attendaient repart avec la récompense suprême. Trente-deux ans après avoir décroché le prix de la mise en scène pour Les Moissons du Ciel, Terrence Malick remporte la Palme d'or. Depuis sa présentation le 16 mai, The tree of life divise profondément les critiques et le public dont une partie devrait rester de marbre face une oeuvre d'une telle exigence. Nous en reparlerons longuement mercredi mais la première partie du film est sans conteste l'un des plus grands moments de cinéma de la décennie. Une palme d'Or qui devrait faire date et qui ne mérite pas de jugement hâtif.  

Le gamin au vélo de Luc et Jean-Pierre Dardenne  Diaphana Distribution

Les deux grands prix ex-equo ont été attribués au frères Dardenne avec Le Gamin au vélo, leur oeuvre la plus accessible et la plus lumineuse (voir Cannes Jours 2 à 4) qui pourrait devenir leur plus grand succès, et Il était une fois en Anatolie de turc Nuri Belge Ceylan qui plaît tant aux critiques distingués. 

Jean Dujardin dans The Artist de Michel Hazavanicius  Warner Bros.

On a déjà dit dans Mon Cinématographe à quel point on aime The Artist, une proposition de cinéma originale et euphorisante (voir Cannes Jour 5). Le réalisateur Michel Hazanavicius méritait largement le prix de la mise en scène pour son élégante récréation du Hollywood des années 20 mais c'est son acteur principal, Jean Dujardin, qui repart avec le prix d'interprétation. Quel chemin parcouru pour le comédien, d'Un Gars une Fille au firmament du cinéma mondial. Un prix qui ne souffre aucune contestation tant il  émeut et fascine dans le rôle d'une star déchue du cinéma muet.

Kirsten Dunst dans Melancholia de Lars Von Trier  Les Films du Losange

L'américaine Kirsten Dunst repart avec le prix d'interprétation féminine pour Melancholia de Lars Von Trier, devenu persona non grata depuis ses déclarations scandaleuses sur Hitler lors de la conférence de presse du film (voir Cannes jours 6 à 8). Ce qui n'a pas empêché l'actrice de Marie-Antoinette de rejoindre, après Björk et Charlotte Gainsbourg, le cercle des actrices primées dans les films de l'imprévisible danois. 

Drive de Nicolas Winding Refn  Le Pacte

Le prix de la mise en scène a été attribué au danois (décidément !) Nicolas Winding Refn pour Drive que nous n'avons pas encore vu. Le cinéaste réalise, après sa trilogie Pusher et Valhalla Rising, son premier film américain, l'histoire d'un cascadeur de cinéma poursuivi par une bande de mafieux.

Polisse de Maïwenn  Mars Distribution

Le prix du Jury est revenu dans les mains de Maïwenn, chouchoute de la presse française pour son troisième long métrage, Polisse, sur le quotidien d'une brigade de protection des mineurs. En revanche, on ne comprend pas le prix du meilleur scénario décerné à Joseph Cedar pour son Footnote, film qui n'est pas sans qualité mais beaucoup trop inégal (voir Cannes Jours 2 à 4). 

La Caméra d'or, qui récompense un premier film, a distingué l'argentin Pablo Giorgelli pour Les Acacias présenté à la Semaine de la critique. Notons que le Prix un Certain Regard est revenu ex-equo à Arirang de Kim Ki-Duk et Arrêt en pleine voie d'Andreas Dresen. Et signalons que le prix de la mise en scène de cette sélection a été décerné au très remarqué Au Revoir de l'iranien Mohammad Rasoulof qui, retenu par les autorités iraniennes, n'a pas pu aller chercher son prix(voir Cannes jour 5). Enfin, le Grand Prix de la Semaine de la critique est revenu au cinéaste américain Jeff Nichols pour Take Shelter dont nous avons plutôt dit du bien dans ces colonnes (voir Cannes jours 6 à 8). 

Le Havre d'Aki Kaurismaki  Pyramide Distribution

Tout palmarès a son lot d'oubliés. Deux absences nous paraissent injustes et cruelles, celle d'Aki Kaurismäki qui avait enchanté la Croisette avec Le Havre, belle fable humaniste portée par le lunaire André Wilms (voir Cannes jours 6 à 8) repartant tout de même avec le Prix de la Critique internationale, ainsi que le puissant et terrifiant We need to talk about Kevin de Lynn Ramsay qui repart inexplicablement bredouille (voir Cannes jour 1). Habemus Papam de Nanni Moretti était sans doute l'un des meilleurs films du cinéaste mais il semblait avoir été rapidement écarté (voir Cannes jours 2 à 4). Quant à Pedro Almodovar dont La piel que habito a reçu un accueil plutôt mitigé, aura-t-il un jour la palme ? Rien n'est moins sûr. 

Une sélection que d'aucun s'accorde à dire qu'elle fut de très grande qualité, comprenant plusieurs palmes d'or potentielles. Ces longs métrages vont dorénavant suivre le chemin des salles et retrouver un oeil neuf, loin de la frénésie cannoise. En toute sérénité. 


PALMARES - 64ème FESTIVAL DE CANNES

PALME D'OR
THE TREE OF LIFE de Terrence Malick

GRAND PRIX (ex-equo)
LE GAMIN AU VELO de Luc et Jean-Pierre Dardenne
IL ETAIT UNE FOIS EN ANATOLIE de Nuri Bilge Ceylan

PRIX D'INTERPRETATION MASCULINE
Jean Dujardin dans THE ARTIST de Michel Hazavanicius

PRIX D'INTERPRETATION FEMININE
Kirsten Dunst dans MELANCHOLIA de Lars Von Trier

PRIX DE LA MISE EN SCENE
DRIVE de Nicolas Winding Refn

PRIX DU JURY
POLISSE de Maïwenn

PRIX DU SCENARIO
FOOTNOTE de Joseph Cedar

PRIX UN CERTAIN REGARD (ex-equo)
ARIRANG de Kim Ki-duk
ARRÊT EN PLEINE VOIE d'Andreas Dresen

PRIX DE LA MISE EN SCENE UN CERTAIN REGARD
AU REVOIR de Mohammad Rasoulof

CAMERA D'OR
LES ACACIAS de Pablo Giorgelli

GRAND PRIX DE LA SEMAINE DE LA CRITIQUE
TAKE SHELTER de Jeff Nichols

jeudi 19 mai 2011

Cannes - Jours 6 à 8


Le rythme du festival s'est ralenti depuis le week-end frénétique qui a vu s'enchaîner nombre de festivités cannoises. Alors qu'entre deux files d'attente, les spectateurs conversent sur l'affaire DSK, une autre polémique est née hier avec les propos pour le moins douteux de Lars Von Trier. L'iconoclaste cinéaste danois n'en n'est plus à une provocation près mais il semble que ses paroles aient ces fois franchi la ligne rouge. La direction du festival l'a sommé de s'excuser après ses déclarations sur Hitler lors de la conférence de presse de Melancholia, présenté en compétition. "Pendant longtemps, j'ai pensé que j'étais juif et j'étais heureux. Puis j'ai découvert que j'étais nazi. Ca m'a donné un certain plaisir. Je comprends Hitler même s'il a fait des choses mauvaises. Je dis seulement que je comprends l'homme, je sympathise un peu avec lui" avant de conclure "je ne suis pas antisémite. En fait, je suis même solidaire des juifs. Mais Israël fait vraiment chier. Comment est-ce que je vais m'en sortir ? Bon, ok, je suis nazi."  Le réalisateur s'est sans doute grillé auprès du jury qui, s'il lui remette un prix dimanche soir, devrait s'attirer quelques sifflets. 

André Wilms et Jean-Pierre Darroussin dans Le Havre d'Aki Kaurismaki  Pyramide Distribution

Un autre cinéaste excentrique, Aki Kaurismäki, était sur la Croisette pour présenter son nouveau long métrage, sobrement intitulé Le Havre. On est guère surpris que cette ville ait pu nourrir l'imagination du réalisateur finlandais tant il aime filmer les ports sous toutes les coutures, et celui d'Helsinki en particulier.  Non seulement il situe l'action de son film en France mais en français avec des comédiens de l'hexagone. André Wilms incarne Marcel Marx, un ancien écrivain devenu cireur de chaussures qui va devenir le protecteur d'un jeune africain sans papiers pourchassé par la police et son inquiétant commissaire interprété par Jean-Pierre Darroussin. Le réalisateur de l'Homme sans Passé retrouve son style expressionniste et désuet si caractéristique dans lequel les personnages semblent hors du temps, se mouvant dans des lieux intemporels. Les choix de cadre et de lumière prouvent une fois encore combien Kaurismäki sait regarder ses protagonistes qu'il illumine de son humour décalé. L'interprétation est en parfaite osmose avec cet univers, André Wilms qui trouve enfin un rôle d'importance au cinéma, est irrésistible en homme lunaire et généreux et Jean-Pierre Darroussin campe un flic tout droit sorti d'une bande dessinée, peu locaque mais plus humain qu'on ne pouvait l'imaginer au départ. Car Kaurismäki, sur un sujet pouvant prêter à la facilité, filme des êtres humbles pris dans l'adversité avec une merveilleuse simplicité . Il est surprenant de voir le cinéaste céder au happy-end que l'on pourrait penser un peu too much mais il se dégage des dernières images une bienveillance un peu irréelle qui fait du bien. Coup de coeur rock n' roll des festivaliers et candidat sérieux pour la Palme. 

Loverboy de Catalin Mitulescu

En revanche, la sélection Un certain Regard nous a proposé l'un des pires films de la sélection, Loverboy du roumain Catalin Mitulescu. Le cinéaste, déjà peu prometteur après son premier long métrage (et une inexplicable Palme d'or du Court métrage), raconte une histoire vide de tout, de substance, d'originalité, d'intérêt. Une présence incompréhensible dans le plus grand festival de cinéma et une imposture qui se confirme de film en film.

Elisabeth Olsen dans Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin  20th Century Fox

Toujours à Un certain Regard, on a pu découvrir le premier long métrage de Sean Durkin, Martha Marcy May Marlene. Un titre alambiqué pour une histoire de secte dont une jeune femme s'échappe pour retrouver sa soeur qu'elle n'a pas vu depuis deux ans. Ce retour familial ne masque pas longtemps la fragilité de la jeune femme qui semble avoir vécu une expérience traumatisante. Le film fait l'aller-retour entre la réintégration difficile auprès des siens et la vie au sein de cette étrange communauté. Le cinéaste se montre un peu trop elliptique dans sa narration et peine à nous intéresser davantage au destin de son personnage. Mais l'interprétation impressionnante d'Elisabeth Olsen et l'intensité de son regard méritent que l'on s'y arrête. 

Michael Shannon dans Take Shelter de Jeff Nichols  Ad Vitam

Sélection parallèle du festival, la Semaine de la critique fête cette année ses 50 ans et pour la dernière fois dirigée par Jean-Christophe Berjon. Pour l'occasion, La guerre est déclarée de Valérie Donzelli a fait l'ouverture et provoqué une vive émotion à la sortie de la projection. Autre long métrage remarqué, Take Shelter de l'américain Jeff Nichols avec Michael Shannon, acteur montant vu dans Les Noces Rebelles et la série Boardwalk Empire et l'une des comédiennes majeures de ce festival, Jessica Chastain vue dans The tree of life de Malick. Take Shelter aborde le glissement progressif de John vers un état d'instabilité, faisant des cauchemars à répétition, se sentant menacé par des ouragans au point de se construire un abri (le shelter du titre). Réalisation efficace diffusant une angoisse latente, le film ne va cependant pas au bout de son sujet empreint de paranoïa mais confirme les attentes que l'on pouvait avoir envers ces deux excellents comédiens.

Les Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné  Pathé Distribution

Cannes est aussi l'occasion de se (re)plonger dans les grands classiques du cinéma à travers la sélection Cannes Classics. A cette occasion, Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a présenté une version restaurée des Enfants du paradis de Marcel Carné que je n'avais jamais vu, j'ose le confesser. L'erreur est réparée devant cette magnifique copie numérique que les spectateurs cinéphiles ont pu admirer. Le jeu du trio Arletty-Jean-Louis Barrault-Pierre Brasseur impressionne encore, soixante-six ans après. Malheureusement, la fatigue accumulée m'a fait décrocher à plusieurs reprises. Le film sortira en salles au mois de décembre. 

Les étoiles de la Critique du Film Français (au 18 mai)

Pour Mon Cinématographe, le festival s'achève aujourd'hui mais il continue jusqu'à dimanche. Quelques films très attendus vont être projetés, en particulier le mystérieux La piel que habito de Pedro Almodovar dont on espère secrètement qu'il repartira (enfin !) avec la Palme ainsi que This must be the place de Paolo Sorrentino avec un Sean Penn méconnaissable en rockeur parti sur les traces de son père. La cadence infernale de tout festivalier qui se respecte (4, 5 heures de sommeil pour 3 à 4 films vus par jour) peut incontestablement altérer le jugement de certains films qui auront droit à une séance de rattrapage lors de leurs sorties. Mais alors que les français sont actuellement durement critiqués par les américains au motif qu'ils ne font pas leur travail de journaliste, il est amusant de constater, à la lecture des tableaux des critiques parus dans les revues Le film Français et Screen International, que le regard de la presse française et étrangère sur nos films présentés en compétition diverge radicalement. Si Polisse de Maïwenn a séduit nos journalistes et si, dans cette même presse, l'Apollonide de Bertrand Bonello (voir Cannes Jour 5) a trouvé quelques défenseurs (on se demande comment ?!), les journalistes américains, australiens, britanniques, brésiliens, italiens et danois se sont montrés nettement plus sévères, leur accordant pour le premier la note médiocre de 1,7 et pour l'autre la plus mauvaise de leur classement, soit 1,1. En revanche, The Artist (voir Cannes Jour 5) obtient tous les suffrages, tous pays confondus. Quand on dit que le cinéma n'a pas de frontières... 

Je vous laisse maintenant découvrir les quelques films présentés actuellement en salles : The Tree of life, Le Gamin au vélo (l'un des films les plus aimés du festival), et hors compétition Minuit à Paris de Woody Allen et La Conquête de Xavier Durringer dont on reparlera la semaine prochaine. En attendant le palmarès dimanche soir ! 

Antoine Jullien