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mardi 1 septembre 2009

Tarantino... n'est plus !

"Inglorious Basterds, le nouveau film de Quentin Tarantino". Dès l'annonce de cette nouvelle, les fans du monde entier salivaient d'avance à l'idée de voir le réalisateur de Kill Bill s'attaquer à la seconde guerre mondiale. Après une post-production d'une durée record (le film était encore en tournage en janvier), il fut présenté en compétition au Festival de Cannes auquel Tarantino doit beaucoup (Palme d'or pour Pulp Fiction). L'accueil s'est avéré mitigé, ce qui n'était pas vraiment une surprise compte tenu de l'attente générée par chacun de ses films. Et comme toute attente démesurée, elle est souvent déceptive.

Une fois n'est pas coutume, plusieurs intrigues s'entremêlent : la vengeance d'une juive, Shosanna (Mélanie Laurent) dont la famille a été massacrée par un lieutenant nazi (Christoph Waltz). Un commando (les Basterds du titre), des juifs américains missionnés pour scalper du nazi. Et une espionne allemande travaillant pour le compte des alliés (Diane Kruger) chargée de perpétrer un attentat contre Hitler. Et tout ce petit monde se retrouvera dans la salle de cinéma tenue par Shosanna lors d'une projection officielle organisée pour le Führer.

Eli Roth et Brad Pitt 

Le préambule du film est clair : "ll était une fois la France occupée par les Nazis". Tarantino réinvente donc l'Histoire en la truffant de références cinématographiques, allant du western spaghetti aux Douze salopards en passant par les films de Clouzot et Marlène Dietrich. Ce cinéphile boulimique a voulu nous dire, comme Truffaut en son temps, que le cinéma est plus important que la vie et qu'il peut tout se permettre. Encore faudrait-il que cette déclaration d'amour (qui plaît temps aux critiques !) ait un peu de densité et d'originalité !

Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'étonnante paresse esthétique du cinéaste. La photographie du grand Robert Richardson (chef op de Scorsese) parait terriblement académique, le montage est aléatoire, le découpage hasardeux (cf. la scène dans le café entre Mélanie Laurent et Daniel Bruhl). La mise en scène manque de l'énergie et de la créativité auxquelles le réalisateur nous avait habituées. L'ensemble est statique, parfois interminable. Manifestement en manque d'inspiration, Tarantino se plagie lui-même (cf. le découpage en chapitres) à force d'auto-citations ou d'emprunts musicaux vus dans ses précédents films.

Même la direction d'acteurs, une de ses marques de fabrique, n'est pas à la hauteur. Si Diane Kruger surprend en espionne, Mélanie Laurent manque terriblement de charisme. On a l'impression durant toute la projection qu'elle ne joue pas dans un film de Tarantino, qu'elle est totalement décalée par rapport à l'univers du réalisateur. On a rarement été aussi peu transporté par une histoire de veangeance, écrite pourtant par l'un des spécialistes du genre, Uma Thurman dans Kill Bill étant l'un des plus beaux et plus forts personnages féminins qu'il nous ai été donné de voir au cinéma.

Christoph Walz, prix d'interprétation au Festival de Cannes

Heureusement, par moments, l'audace et la liberté tarantinesques refont surface, notamment lorsqu' il utitlise Brad Pitt presque comme un figurant, lors d'une scène très réussie où l'on massacre l'italien avec un malain plaisir. En fait, la vraie consolation vient de la composition délectable de Christoph Walz, primé à Cannes, jouissif en nazi polyglote. C'est dans ce personnage tour à tour terrifant et amusant qu'on retrouve la patte de cinéaste : la manière dont ce personnage joue avec les langues, en passant de l'allemand à l'anglais instantanément, montre bien à quel point le langage peut être une arme redoutable pour arriver ses fins. Voilà bien la seule singularité d'un film poussif, souvent ennuyeux, inutilement bavard et rarement drôle.

Antoine Jullien




mercredi 6 janvier 2016

Les Huit Salopards


Quentin Tarantino est un grand cinéaste, nul le conteste. Il est parvenu à élever le culture pop au rang d'art suprême et a su mieux que personne se réapproprier les milliers de films ingurgités pour délivrer des œuvres uniques et éminemment personnelles. Django Unchained, son western décomplexé sur l'esclavage, en était la démonstration le plus éclatante. Mais le bonhomme à l'égo très développé ne fait confiance qu'à lui-même. Brillant auteur de ses scripts jusqu'alors, le cinéaste s'est cru une fois encore capable de soulever des montagnes et remettre à nouveau le western en majesté. Mais ces 8 Salopards sent bien l'erreur d'aiguillage, un coup manqué dans sa riche filmographie qui pourrait laisser des traces. 

Le film se déroule quelques années après la fin de la Guerre de Sécession. En plein hiver, une diligence fonce à travers la campagne du Wyoming. A son bord, le chasseur de primes John Ruth (Kurt Russell), se rend dans la petite ville de Red Rock pour livrer à la justice la femme qu'il a capturée, Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh). En chemin, il croise la route du commandant Marquis Warren (Samuel L. Jackson) et Chris Mannix (Walter Goggins). Pris dans une tempête de neige, ils trouvent refuge dans la mercerie de Minnie où les attendent quatre inconnus. 

Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh et Tim Roth
 
Les Huit Salopards est (encore !) découpé en chapitres, une des marques de fabrique du cinéaste, et reprend la même structure en huis-clos que Reservoir Dogs. C'est dire si l'on se trouve en terrain connu. Pourtant, pour la première fois, Tarantino a fait appel à un compositeur de légende pour la bande originale, Monsieur Ennio Morricone, et son humour coutumier est mis cette fois en sourdine. En revanche, les bavardages n'ont jamais autant pullulé que dans ce huitième long métrage. Mais son art du dialogue qui s'était un peu émoussé depuis Pulp Fiction devient ici plombant. La première partie est à ce titre interminable et terriblement statique malgré l'usage du 70 mm anamorphique qui permet à l'image de s'étendre à l'infini. Alors que ce format, inusité depuis des décennies, avait fait la réputation de films à grand spectacle comme Lawrence d'Arabie ou Ben-Hur, Tarantino en a pris le contre-pied en le choisissant pour un décor unique et quasi-théâtral. Une décision curieuse qui séduit au départ, notamment grâce à la belle photographique de son complice Robert Richardson, mais qui trouve rapidement ses limites. 

Samuel L. Jackson

Tarantino est un fou de cinéma, il vénère la pellicule comme personne et sa mise en scène s'en ressent. Sauf qu'il n'a plus grand chose de neuf à raconter si ce n'est de s'autoplagier lui-même. Malgré une deuxième partie plus enlevée, le film ne décolle jamais vraiment, terriblement handicapé par sa longueur (2h47 !) injustifiable. Le cinéaste aurait certainement besoin d'un producteur digne de ce nom qui ose lui dire qu'il se fourvoie en "s'écoutant" filmer de la sorte. Les personnages n'y gagnent rien, certains paraissant même étonnamment sous exploités (Tim Roth et Michael Madsen), et le spectateur, lui, voit le temps s'égrener sans que le plaisir jouissif des Tarantinades ne coule dans ses veines. 

La violence, enfin, complaisante et (trop) attendue, vient achever l'ensemble. Tarantino dépeint des êtres sans foi ni loi, de véritables salopards en effet. Mais, à l'instar de ses protagonistes, la façon dont le réalisateur semble prendre plaisir à s'acharner sur la pauvre Jennifer Jason Leigh nous met quelque peu en colère. Le film devient alors non seulement vain mais assez rebutant. Autant la violence dans Django était cruellement nécessaire, autant elle est cette fois comme le symbole du manque flagrant d'inspiration du cinéaste qui devrait se remettre en question. Il a déclaré récemment qu'il ne réaliserait que dix longs métrages. Plus que deux pour redresser la barre. 

Antoine Jullien

Etats-Unis - 2h47
Réalisation et Scénario : Quentin Tarantino
Avec : Samuel L. Jackson (Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue), Walter Goggins (Chris Mannix).  

Disponible en DVD et Blu-Ray chez M6 Vidéo.

lundi 29 février 2016

Interview de Patrice Leconte - 2ème partie


 
Suite et fin de l'interview que nous a accordé le réalisateur Patrice Leconte. Il évoque ici ses méthodes de travail peu conventionnelles et son rapport à l'image et aux nouvelles technologies.

- Mon Cinématographe : Le scénario de Ridicule a été écrit par Rémi Waterhouse. A partir de ce film, la plupart des scénarios que vous tournerez ne seront pas de vous, une pratique plutôt inhabituelle en France. 

Patrice Leconte : Avant la Nouvelle Vague, les cinéastes dont on aimait les films et dont on aime encore les films n'écrivaient pas systématiquement leurs scripts et ils n'étaient pas considérés pour autant comme des tâcherons. Et puis est arrivé la Nouvelle Vague qui a imposé le fait qu'un cinéaste se doit d'écrire lui-même ses propres films. Je trouve que ce n'est pas un service à rendre au cinéma car les réalisateurs doués ne sont pas forcément de bons scénaristes. Et l'inverse est aussi vrai. Ce sont deux métiers différents et complémentaires. Quand j'ai eu entre les mains le scénario de Ridicule, c'était le premier script qui ne venait pas de moi que je trouvais formidable, dans lequel je me retrouvais complètement, qui résonnait en moi. C'était la première fois que je tournais un film que je n'avais pas écrit. Cela m'a poussé à être attentif à des films dont je n'étais pas directement l'auteur.

- Vous avez la particularité de cadrer vos films. En quoi est-ce un apport indispensable à votre mise en scène ? 

J'ai exaucé ce vœu sur le tournage de Tandem. C'était la première que je cadrais un des mes films. Il ne s'agissait pas de faire la lumière mais tenir la caméra, filmer moi-même. Et je n'ai plus jamais abandonné cette façon de faire. Le jour où je n'aurais plus la force ou la santé pour cadrer mes films, j'arrêterai de faire du cinéma parce que cela fait partie intégrante de la mise en scène. Le cinéma est une affaire de regard qui passe par le cadre. Et si je délègue le cadre, c'est comme si je prêtais mon œil à quelqu'un d'autre. Je ne peux pas l'envisager. Et avec les comédiens, cela procure une complicité, une intimité voire une sensualité parfois qui est quelque chose d’irremplaçable. Je ne comprends pas pourquoi si peu de réalisateurs cadrent leurs films. Enfin, chacun voit midi à sa porte !

Patrice Leconte avec Vanessa Paradis, tenant la caméra sur le tournage de La Fille sur le Pont


- A l'instar de Tim Burton, certains cinéastes ont une patte visuelle immédiatement reconnaissable. Vous avez œuvré dans presque tous les genres. Comment reconnaît-on cependant un film de Patrice Leconte ?

Ce n'est pas à moi de répondre à cette question car je n'en sais rien. Il y a en effet quelques cinéastes qu'on identifie par leur style. Bergman, Fellini, Tim Burton, Orson Welles et quelques autres. Mais c'est rarissime. Avoir réalisé toute ma vie des films aussi différents des uns des autres n'a sans doute pas aidé à la reconnaissance de mes films. Mais franchement, ça m'est égal. On dit souvent que les grands cinéastes creusent tout au long de leur carrière le même sillon. Et bien je ne serai pas un grand cinéaste et je m'en fiche parce que ça ne m'intéresse pas d'être un grand cinéaste. Ce qui m'intéresse, c'est d'entreprendre des films qui me plaisent.

- Comment vous situez-vous par rapport aux nouvelles technologies ? Êtes-vous un nostalgique de la pellicule comme Tarantino ou au contraire êtes-vous sensible aux outils numériques ?

On ne peut pas mener éternellement un combat d'arrière garde. C'est soit crétin soit snob comme dans le cas de Tarantino ou dans celui de Xavier Dolan qui tourne son film dans le format 1.33 à la manière des frères Lumière. Personnellement, je trouve ça complètement con ! Ne pas vivre avec son temps, ne pas tourner en numérique, refuser le Cinémascope... Qu'est-ce que vous penseriez d'un type qui vous dit : " L'ordinateur, pourquoi faire ? Des E-mails ? Non, je vais envoyer mes lettres par la poste !" Vous diriez que c'est un réac rétrograde qui ne vit pas avec son époque. L'art se doit d'accompagner l'évolution de la technologie. Et c'est particulièrement vrai avec le cinéma qui passe nécessairement par une filière technologique. Je suis ravi d'utiliser le numérique et les toutes les possibilités qu'il offre, pouvoir monter en virtuel avec ma monteuse.

Dogora, le premier film de Patrice Leconte tourné en numérique


- La nouvelle génération a un accès immédiat à l'image et aux caméras. Ils ne deviendront pas pour autant tous des cinéastes. Qu'est-ce qui fait alors, selon vous, un cinéaste ?

Il est vrai qu'il est plus facile aujourd’hui qu'autrefois de s'exprimer par l'image. Je vais prendre une comparaison très simple. Quand on écrivait avec des stylos bille Bic, on pouvait être un grand écrivain. A partir du moment où les ordinateurs et le traitement de texte ont vu le jour, un tas de gens se sont pris pour des écrivains simplement parce que les pages qu'ils écrivaient sortaient proprement de leur imprimante. Mais ce n'est pas parce qu'une page sort proprement de l'imprimante que vous êtes Patrick Modiano ! Vous êtes un écrivain parce que vous savez écrire, que ce soit avec un Bic ou un clavier. Et vous êtes un cinéaste parce que vous savez filmer, que vous avez un œil, une personnalité. Et peu importe que vous vous exprimiez avec une grosse caméra 35 ou avec un Iphone. La facilité que l'on a désormais à fabriquer des images ne transforme pas tout le monde en Orson Welles.

- S'il n'y avait qu'une seule réplique à retenir de l'un de vos films, laquelle serait-elle ?

Ce serait dans La fille sur le Pont. Quand Daniel Auteuil et Vanessa Paradis se séparent. Ils sont sur le bateau, elle s'en va. Elle est un peu embarrassée de le quitter et lui demande : "Qu'est-ce qu'on fait, on s'embrasse, on se sert la main ?" Et il lui répond :"On s'oublie".  

Propos recueillis par Antoine Jullien

La 1ère partie de l'interview est à retrouver ICI.  
 







Filmographie sélective : 

1974 : Les vécés étaient fermés de l'intérieur
1978 : Les Bronzés
1979 : Les Bronzés font du ski
1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine
1985 : Les Spécialistes
1987 : Tandem
1989 : Monsieur Hire
1990 : Le Mari de la coiffeuse
1996 : Les Grands Ducs / Ridicule
1998 : 1 chance sur 2
1999 : La Fille sur le Pont 
2000 : La veuve de Saint-Pierre
2002 : L'Homme du train
2004 : Confidences trop intimes / Dogora
2006 : Les Bronzés 3 / Mon Meilleur Ami
2012 : Le Magasin des suicides
2014 : Une Promesse / Une heure de tranquillité 

lundi 20 juillet 2015

Leonardo DiCaprio, à nouveau en route pour l'Oscar ?


Aviator, Blood Diamond, Les Noces Rebelles, Inception, J. Edgar, Le Loup de Wall Street... à chaque fois ou presque, Leonardo DiCaprio est sur les starting blocks pour remporter l'Oscar du meilleur acteur qui ne cesse de se dérober à lui. Une cruelle injustice ? Une terrible malédiction ? Le bonhomme tourne avec les meilleurs (Scorsese, Tarantino, Eastwood, Nolan...), choisi ses scénarios minutieusement, livre des prestations hors normes et pourtant... Alejandro Gonzalez Iñárritu inversera-t-il la donne ? A la vue des premières images de son nouveau film, The Revenant, on serait tenté de le croire. 

Le réalisateur oscarisé de Birdman change radicalement de registre en filmant la star de Titanic dans la peau d'un trappeur assoiffé de vengeance après que ses compagnons l'aient abandonné suite à l'attaque d'un ours. L'histoire, tirée du roman de Michael Punke, se déroule en 1820 au milieu des forêts enneigées du Missouri, et compte également au casting Tom Hardy et Domhnall Gleeson. 

Après être passé de main en main durant plusieurs années, le projet a finalement été confié à Iñárritu qui a pris son temps. Le tournage, long et difficile (conditions extrêmes, dépassement de budget, techniciens renvoyés), semble avoir accouché d'un film halluciné et visuellement bluffant, une habitude désormais pour le tandem Iñárritu-Emmanuel Lubezki (son talentueux chef opérateur). Réponse le 25 décembre aux États-Unis et le 20 janvier 2016 dans nos contrées.

lundi 27 juillet 2015

Jeu-Concours Frank


LE JEU-CONCOURS EST TERMINE. LA REPONSE ETAIT : STEVE McQUEEN 

Mon Cinématographe vous propose de visionner gratuitement le film Frank de Lenny Abrahamson avec Michael Fassbender sur la plateforme VOD d'UniversCiné. 

Pour cela, vous devez répondre à la question suivante : 

Avec quel réalisateur Michael Fassbender a-t-il tourné trois longs métrages ?  

A) Ridley Scott 
B) Steve McQueen
C) Quentin Tarantino

Merci de donner votre réponse dans la section "Commentaires" en choisissant l'onglet "Anonyme", accompagnée de votre Email afin que nous puissions identifier les gagnants. Les réponses ne seront pas publiées. 

Les 5 premiers qui répondront correctement remporteront le concours. 

Bonne chance ! 

Pour retrouver la fiche technique du film sur UniversCiné, c'est ICI.

mardi 21 juin 2016

Catherine Deneuve, reine de Lyon

 
La grande dame du cinéma français, Catherine Deneuve, recevra le 8ème prix Lumière, remis lors du festival Lumière qui se tiendra du 8 au 16 octobre prochain à Lyon et dans sa métropole. Créée en 2009 par Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes, et Bertrand Tavernier, la manifestation est devenue en quelques années le rendez-vous incontournable du cinéma classique où pléthore de films restaurés sont proposés au public durant plus d'une semaine. 

Après Clint Eastwood, Quentin Tarantino, Milos Forman, Ken Loach, Pedro Almodovar, Martin Scorsese et Gérard Depardieu, Catherine Deneuve est la première comédienne à être honorée, pour, dixit le festival, "ce qu'elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle dit, ce qu'elle joue, ce qu'elle chante et ce qu'elle enchante depuis toujours et pour toujours".

Catherine Deneuve dans Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin
 
Son éblouissante carrière, jalonnée de films majeurs et de cinéastes qui ne le sont pas moins (Truffaut, Bunuel, Demy, Téchiné, Polanski, Melville, Rappeneau, Lars Von Trier...), fait de ce choix une évidence, Catherine Deneuve incarnant à la fois le prestige et la modernité, toujours au diapason du cinéma mondial, qui aime alterner les univers et les réalisateurs avec une insatiable curiosité et une élégance incomparable.

Le reste de la programmation de cette 8ème édition est aussi alléchant, de Walter Hill à Marcel Carné en passant par Buster Keaton, avec en point d'orgue le documentaire fleuve de Bertrand Tavernier consacré au cinéma français. 

8ème festival Lumière à Lyon du 8 au 16 octobre. 
Renseignements : http://www.festival-lumiere.org/ 

lundi 30 novembre 2009

In the loop


Un ministre un peu hagard sort d'une réunion dans laquelle il vient de faire de la figuration. Vexé d'avoir ainsi été traité, il décide de parler aux journalistes, librement. Il leur dit alors : " Pour l'avion dans le brouillard, la montagne est imprévisible mais soudain bien réelle et imprévisible". Imprévisible, voilà le mot qui a déclenché toute l'affaire et qui provoque la panique au plus haut sommet de l'état britannique. Imprévisible, c'est la guerre qui se prépare contre un pays du Moyen Orient. Et toutes les moyens sont bons pour partir au combat même si les arguments anti-guerre ont plus de poids que ceux de dirigeants bellicistes. Bien entendu, toute similitude avec un conflit passé n'est pas fortuite.

Le mot Irak n'est d'ailleurs jamais prononcé et pourtant on y pense à chaque seconde. Armando Iannucci, le réalisateur de cette incroyable farce politique, adapte avec succès la série dont il était l'un des auteurs, The Thick of it. Soit les tribulations de Malcom Tucker, conseiller en communication du premier Ministre anglais,  chargé de vendre à tout prix la guerre au monde entier, utilisant pour cela un ministre falot et un peu crétin flanqué de son conseiller fraîchement arrivé. Le tandem s'envole pour Washington rencontrer les dirigeants américains parmi lesquels le secrétaire d'état à la Défense et son équipe de choc.

C'est une comédie, hilarante, dont les dialogues seront à décortiquer tant ils sont brillants, caustiques et parfaitement "british". Un scénario éblouissant, écrit à quatre mains, extrêmement bavard où les personnages se jaugent, s'insultent, se tournent autour pour finalement se bouffer les uns les autres. Tous ceux qui envient les politiques risquent fortement d'être désappointés par le tableau brossé par le cinéaste. Un monde de fous, à proprement parler, peuplé de créatures cyniques et sans foi ni loi mais surtout totalement déconnectés d'un monde qu'ils n'ont plus l'air de comprendre, acteurs malgré eux d'un théâtre de guignols. Lorsqu' un général de l'armée américaine discute avec une secrétaire d'état au sujet du nombre de soldats envoyés au front, au milieu d'une chambre d'enfants et avec un jouet comme machine à calcul, l'asile semble proche. Et pourtant, des sénateurs américains auraient déclaré à la sortie de la projection que "c'est comme cela que ça s'est passé".


Un directeur de la communication qui manipule son monde et qui est finalement le vrai dirigeant, est-ce proche de la réalité ? Le personnage de Malcom Tucker, génialement interprété par Peter Capaldi, qui jure et insulte plus que tous les personnages de Scorsese et Tarantino réunis, serait inspiré d'Alastair Campbell, le dir' com de Tony Blair de 1997 à 2003. Celui-ci a trouvé que le film donnait un visage grossier et vénal de la politique. Il donne surtout le tournis grâce à un humour ravageur et d'une rare férocité.

A la fin, on sort harassé et presque gêné d'avoir tant ri car tout ceci fait terriblement froid dans le dos. Malcom Tucker a cette phrase sans appel : "Celui qui n'a qu'un renseignement est le roi". Et il gagne. Un mensonge éhonté parvient à triompher de ceux qui osent croire encore en la politique, au sens noble du terme. Mais la noblesse est bien la dernière préoccupation d'hommes et de femmes qui n'ont qu'un seul et unique objectif : le pouvoir. Armando Ianucci nous propose d'en rire. Il serait inconvenant de refuser l'invitation.

Antoine Jullien




lundi 6 janvier 2020

2019 : fin de partie

Retour sur les sensations et les déceptions de l'année 2019.


LE FILM LE PLUS PARFAIT

PARASITE de Bong Joon Ho


LE FILM LE PLUS HORS NORMES

BORDER d'Ali Abbasi


LE FILM LE PLUS BOULEVERSANT

DOULOIR ET GLOIRE de Pedro Almodovar


LA PERFORMANCE LA PLUS DEMENTE

Joaquin Phoenix dans JOKER de Todd Philipps


LA PLUS GRANDE SENSATION 

J'AI PERDU MON CORPS de Jérémy Clapin


LE PLUS BEAU PLAN 

Le visage de Brad Pitt flottant dans l'espace dans AD ASTRA de James Gray


L'ACTRICE DE L'ANNEE

Eva Green, mère et astronaute dans PROXIMA d'Alice Winocour


L'ACTEUR DE L'ANNEE

Olivier Gourmet, salaud ordinaire dans CEUX QUI TRAVAILLENT d'Antoine Russbach


LE FILM LE PLUS DESESPERANT

SORRY WE MISSED YOU de Ken Loach


LE REALISATEUR EN CHUTE LIBRE

Xavier Dolan avec son consternant Matthias & Maxime et son pas très bon Ma vie avec John Donovan


LE RENOUVEAU DU POLAR AMERICAIN

TRAINE SUR LE BITUME de S. Craig Zahler


LE FILM LE PLUS CINEPHILE

ONCE UPON A TIME IN... HOLLYWOOD de Quentin Tarantino


LE PLUS BEAU MELODRAME FEMINISTE 

LA VIE INVISIBLE D'EURIDICE GUSMAO de Karim Aïnouz


LA SUITE LA MOINS NECESSAIRE

DOCTOR SLEEP de Mike Flanagan, suite ratée de Shining


LE FILM LE PLUS ATYPIQUE

BIENVENUE A MARWEN de Robert Zemeckis


LE FILM LE PLUS MANICHEEN 

BACURAU de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles


LE MEILLEUR DU CINEMA POPULAIRE FRANCAIS

HORS NORMES d'Eric Tolédano et Olivier Nakache


LE PIRE DU CINEMA D'AUTEUR FRANCAIS

CHAMBRE 212 de Christophe Honoré


L'ACTRICE QUI SE COMPLAIT DANS SA PROPRE CARICATURE

Isabelle Huppert dans GRETA de Neil Jordan


LA TRANSFORMATION LA PLUS BLUFFANTE

Christian Bale dans VICE d'Adam McKay


L'EXERCICE ARTY LE PLUS VAIN

THE LIGHTHOUSE de Robert Eggers


LE REALISATEUR QUI ABUSE LE PLUS DE PLANS AU FISH-EYE

Yorgos Lanthimos dans LA FAVORITE


LE FILM LE PLUS ETOUFFANT 

LE CHANT DU LOUP d'Antonin Baudry


LE THRILLER POLITIQUE LE PLUS RETORS

EL REINO de Rodrigo Sorogoyen


LA PLUS GRANDE DECOUVERTE 

LES OISEAUX DE PASSAGE de Ciro Guerra et Cristian Gallego


LE FILM NOIR LE PLUS PERSONNEL

BROOKLYN AFFAIRS d'Edward Norton


LE SCENARIO LE PLUS HABILE

SEULES LES BÊTES de Dominik Moll


LA SCENE LA PLUS DECHIRANTE

Le départ de la mère éléphant dans DUMBO de Tim Burton


LA PLUS BELLE EPURE FINALE

Le dernier plan du TRAITRE de Marco Bellocchio


LA GRANDE FRESQUE FUNEBRE PAS AUSSI GRANDE QU'ESPEREE

THE IRISHMAN de Martin Scorsese


IN MEMORIAM

Agnès Varda, Michel Legrand, Anna Karina, Jean-Pierre Marielle, Jean-Pierre Mocky, Bruno Ganz, Stanley Donen, Anémone, Peter Fonda, Albert Finney, Doris Day, Michel Aumont, Marie Laforêt, Edith Scob, Rutger Hauer, Claudine Auger, Marie-José Nat, Bibi Andersson, Danny Aiello, Sue Lyon, John Singleton...

mercredi 15 décembre 2010

Monsters / Machete

La frontière americano-mexicaine a toujours inspiré les cinéastes, tous genres confondus. Pour son premier long métrage, le britannique Gareth Edwards a imaginé qu'une sonde de la Nasa s'écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur terre des particules de forme extra-terreste. Six ans plus tard, le pays est devenu une zone de guerre désertée, peuplée de créatures monstrueuses. Deux américains vont tenter de rejoindre la frontière en traversant ce territoire dévasté. 

Le cinéma de science-fiction est un terreau fertile pour évoquer les problèmes actuels que vivent les deux pays, à commencer par l'immigration. C'est sous une forme originale que Gareth Edwards dépeint ce phénomène, en prenant pour sujet les aliens victimes de la violence des hommes. Si cet aspect politique est moins présent que dans le récent District 9, la réalisation, elle, s'en rapproche sensiblement. Même style documentaire, même ancrage contemporain. Mais à contrario du film de Neil Blomkamp, Gareth Edwards ne cède jamais à la surenchère ou au film d'action lambda. Pendant 1h30, il installe une atmosphère particulière, où le danger menace mais rattrapé sans cesse par l'histoire que vivent les deux protagonistes. Une "love-story" peu banale qui prend sens au fur et à mesure que les extra-terrestes apparaissent.  


S'il on a suffisamment de talent et d'astuces dans sa besace, on peut réaliser un long métrage ultra-réaliste sans disposer de budget pharaonique. Avec moins d'un million de dollars en poche (autant dire une panouille pour un long métrage de cet acabit), le réalisateur a réussi le prodige de créer un monde totalement vraisemblable qui aide beaucoup à l'identification des personnages. Bestioles en arrière-plan, carcasses d'avions et de bateaux, ville dévastée, Gareth Edwards est parvenu, grâce à un minimalisme minutieux, a jouer sur le hors-champ et compenser son manque de moyens par une créativité étonnante. Pris dans cette aventure à l'issue incertaine, le spectateur est désarçonné, balloté entre virée intimiste et film de monstres. 

Monsters pourra décevoir les amateurs du genre, frustrés par le manque d'action et le rythme en dents de scie. Les autres se réjouiront d'une oeuvre qui empreinte des chemins de traverse avant de se terminer sur une note poétique, un accouplement aussi étrange que beau. Gareth Edwards est un cinéaste à suivre. On redoute seulement qu'il se fasse un jour rattraper par le rouleau compresseur hollywoodien, comme tant d'autres avant lui.


Robert Rodriguez, lui, vient d'offrir à ses fans ce qu'ils attendaient. Après le dyptique Grindhouse co-réalisé avec son compère Tarantino, il donne à Danny Trejo, éternel second couteau qui accède enfin à la première marche du podium, un rôle de policier vengeur, adepte de la machète, des têtes coupées et des viscères exploitées. Un gars qu'il ne faut pas trop chercher, pris pour cible par un sénateur texan corrompu, adepte de la tolérance zéro et prompt à lâcher ses chiens quand ses projets politiques deviennent contrariés. Sans oublier une vengeresse borgne et une flicquette incorruptible. 

On rit devant ce spectacle grand guignolesque assumé de bout de bout. Si le côté vintage lorgne vers les séries Z des années 70 qu'affectionnent tant Rodriguez, le film, aussi étonnant soit-il, parle des flux migratoires à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, à sa manière bien sûr, décomplexée et sans fioritures. La politique sécuritaire en prend un méchant coup comme tous ceux que Machete envoie à ses ennemis. Parfois jubilatoire, le film s'entiche d'un casting improbable, de Steven Seagal en maître ès sabres à Don Johnson en flic pourri, sans oublier De Niro en politicien véreux. 

Trop long, répétitif, le plaisir des premières séquences s'amenuise et les clichés accumulés finissent par lasser. Le film manque peut-être du parfum de liberté de ses modèles, une déconnade un peu trop maîtrisée pour être totalement honnête. Gore, vulgaire, parodique, Machete ne pourra pas frustrer les amateurs du genre. Mais décevoir ceux qui en attendaient un peu plus.

Antoine Jullien

jeudi 2 janvier 2014

Retour sur le box-office 2013


Comme chaque année, l'heure des bilans est arrivée. Avant de revenir sur les moments forts de 2013, intéressons nous au box office de l'année écoulée qui a vu la fréquentation chuter de plus de 5% par rapport à 2012 avec moins de 200 millions de spectateurs.

La domination du cinéma américain

Une première constatation s'impose : la suprématie du cinéma américain n'a jamais été aussi écrasante. Sur les 20 plus gros succès, 17 sont aux couleurs de l'Oncle Sam. Un résultat qui s'explique par la popularité grandissante des films de superhéros : Iron Man 3, Man of Steel, Thor : le monde des ténèbres, Wolverine : le combat de l'immortel,  et les films d'animation qui font toujours autant recette : Moi, Moche et Méchant 2,  La Reine des Neiges, Les Croods, Turbo...

A cela s'ajoute des franchises très lucratives (Le Hobbit, Hunger Games, Fast and Furious), des expériences hors normes (Gravity), une invasion de zombies planétaire (World War Z) et un Tarantino au sommet de son art (Django Unchained) et vous aurez quelques clefs pour comprendre cette domination.

Seul bémol, aucun film n'a dépassé les 5 millions d'entrées, ce qui n'était pas arrivé depuis 1992 !

Moi, Moche et Mechant 2, champion du box-office 2013 avec 4,6 millions d'entrées

Un cinéma français à la peine 

A côté, le cinéma français fait pâle figure avec seulement un gros carton en salles, Les Profs, et quelques beaux succès : Les Garçons et Guillaume, à table !, 9 mois ferme, 20 ans d'écart, La Cage dorée, Alceste à bicyclette. Un bien maigre butin qui est à mettre sur le compte de plusieurs facteurs : des films peu attractifs et inspirés qui ont accouchés de comédies à gros budget sans odeur ni saveur, se ramassant à la pelle (Turf, Les Invincibles, La grande boucle, 100% Cachemire, Des gens qui s'embrassent, Les reines du ring... la liste est longue !), des longs métrages ni fait ni à faire qui se sont révélés de retentissants accidents industriels (Angélique décroche la palme !), d'autres qui, s'ils ont fait des scores honorables, n'ont pas eu le succès à la hauteur de leurs budgets (Eyjafjallajökull, Jappeloup). Enfin, des films plus ambitieux et très coûteux qui eux, n'ont pas trouvé leur public (L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, En solitaire, Blood Ties).

 Les Profs, plus gros succès français de l'année avec 3,9 millions spectateurs

L'année précédente s'était achevée sur le coup de gueule salutaire du producteur Vincent Maraval qui dénonçait le système de financement du cinéma français, ciblant plus particulièrement les salaires mirifiques et injustifiés de certains comédiens. Force est de constater que son analyse s'est révélée ô combien pertinente quand on sait que Dany Boon a touché un salaire record de 3,5 millions d'euros pour un film qui en a coûté 23 et qui n'a fait que 1,8 millions d'entrées. 

Mais le problème est sans doute plus profond et ne se résume pas au cas de monsieur Boon. Tenaillée d'un côté par un cinéma d'auteur frileux, qui, s'il provoque parfois exagérément les louanges de la critique, n'emballe guère le public, et de l'autre par un cinéma populaire souvent dépourvu d'ambition artistique, notre cinématographie ne se porte pas très bien, comme le résume assez bien Jean-Paul Salomé, le président d'Unifrance, organisme chargé de faire la promotion du cinéma français à l'étranger : "Le souci, ce sont les recettes toutes faites. Ça devient très compliqué. Les films censés cartonner, qui coutent très cher, avec des stars, qui n’ont pas un fond ou une histoire un peu nouvelle à proposer, ça ne suffit plus. Ce n’est pas juste mettre de l’argent et des vedettes sur une affiche. C’est aussi raconter quelque chose qu’on n’a pas déjà vu 10 fois."

Espérons juste que 2013 n'était qu'un mauvais souvenir mais quand on voit les affiches des comédies à venir ces prochaines semaines, on ne peu s'empêcher de frémir !

Un public qui ne prend pas de risque

En s'attardant sur le box office, on reste interloqué devant le peu de prise de risque entrepris par le public. Des spectateurs pourtant de plus en plus exigeants qui se plaignent régulièrement, et à raison, de la médiocrité des gros films à l'affiche, mais qui restent confortablement ancrés sur des rails très sécurisés. Bien sûr, le succès du film de Guillaume Gallienne prouve qu'ils ont envie de longs métrages audacieux et culottés mais ces exemples sont trop rares, et le cas est encore plus flagrant pour les longs métrages non francophones ni anglophones. Retenons tout de même le très beau succès du film saoudien Wadjda qui a réussi à attirer plus de 400 000 spectateurs, le film de Marguarethe Von Trotta sur Hannah Arendt (350 000 entrées) sans oublier le documentaire Sur le chemin de l'école, véritable phénomène avec 1 million d'entrées.  

 Les Garçons et Guillaume, à table !, plus de 2 millions d'entrées

Mais des films aussi forts et réussis que La Grande Bellezza, Blancanieves ou La Danza de la Realidad auraient mérité d'avoir une audience moins confidentielle. La faute à un engorgement des sorties (15 film en moyenne chaque mercredi!) qui fragilise les films qui ont besoin de plus de temps pour s'installer. Une jungle impitoyable qui voit beaucoup de victimes au tapis et peu d’œuvres tirer leur épingle du jeu.
 
2014 s'annonce d'ores et déjà sous de bons hospices avec les nouveaux films d'Hiyao Miazaki, Christopher Nolan, Steve McQueen, Clint Eastwood, Alain Resnais, Darren Aronofsky, Wes Anderson, Alejandro Gonzalez Inarritu, Luc et Jean-Pierre Dardenne, Terry Gilliam, Xavier Beauvois... un beau programme en perspective !

La bande-annonce de 12 years a Slave de Steve McQueen, favori des prochains Oscars.