dimanche 20 décembre 2009

Le père de mes enfants


Pour son deuxième long métrage, Mia Hansen-Love s'est inspiré de la vie du producteur de cinéma indépendant Humbert Balsan, où les difficultés de plus en plus insurmontables d'un homme passionné par son métier qui va se retrouver écrasé par les problèmes financiers. Cet homme a pourtant tout pour être heureux : une femme et des enfants qu'il aime. Mais ne supportant pas que sa société puisse être mise en liquidation judiciaire, il se suicide sans explication.

Ce n'est pas un crime de lèse-majesté que de révéler cette mort soudaine car elle intervient au milieu du film qui contient deux parties distinctes, l'avant et l'après. La réalisatrice filme avec une grande acuité les rouages d'une profession mal représentée, échappant ainsi aux stéréotypes ou aux fantasmes bien éloignés de la réalité. Une réalité recréée le plus fidèlement possible, sans perdre le spectateur en cours de route. Que l'on connaisse ou non le métier de producteur, on s'intéresse rapidement à ces problèmes et la brutale disparation de cet homme n'en n'est que plus douloureuse.

Louis-Do et Alice de Lencquesaing

Mia Hansen-Love a eu le talent de choisir un interprète peu connu du public, Louis-Do de Lencquesaing, qui apporte à son personnage tout le charisme et l'allure nécessaires. La direction d'acteurs n'est pas en reste et tous les comédiens, notamment les enfants, sont confondants de charme et de spontanéité. Des séquences apaisées entre parents et enfants, un couple uni dans l'adversité, on est bien aux antipodes des psychodrames familiaux chers à nos cinéastes.

Dans la deuxième partie, l'allant que la réalisatrice avait jusqu'ici su maintenir s'étiole un peu, faute d'intrigues secondaires maladroites et prévisibles. Mais elle évite tout pathos et sait avoir la juste distance entre la douleur immense de l'absence et l'envie de terminer ce qui a été entrepris. Le film se termine d'ailleurs sur un départ, serein et ensoleillé. La vie continue malgré tout.

Antoine Jullien

samedi 19 décembre 2009

Avatar


ENFIN ! Il aura fallu attendre toutes ces années pour que James Cameron vienne à bout de son projet dantesque. Film le plus cher de l'histoire du cinéma (on ne rentrera pas ici dans les querelles de budget), ambition folle, moyens illimités, tout ce qui constitue un véritable évènement cinématographique était réuni. Le cinéaste ne pouvait pas décevoir après avoir déserté la fiction pendant plus de dix ans, depuis le naufrage d'un célèbre paquebot qui l'avait intronisé "roi du monde" à jamais. Ce n'était qu'une étape dans un parcours glorieux et spectaculaire où la démesure a souvent été le maître mot. Avatar en constitue l'aboutissement. Et ça valait la peine d'attendre.

Nous sommes sur la lointaine planète Pandora. Pour endiguer une crise énergétique sur la Terre, les hommes veulent à tout prix extraire un minerai protégé par une civilisation indigène, les Na'vis. Pour tenter de les convaincre, ils engagent Jake Sully, un ancien marine, qui va entrer en contact avec ce peuple via un Avatar, une créature hybride contrôlée à distance. Il va se faire accepter d'eux mais sa mission va progressivement se retourner contre ses commanditaires... 

James Cameron a beaucoup songé aux westerns en écrivant Avatar. Un peuple opprimé envahi par une puissance étrangère renvoie bien sûr au massacre des Indiens par les Américains et plus généralement à toutes les tentatives de coloniser un peuple par la force. Cameron en profite au passage pour glisser sobrement un message écologique fort alors que le sommet de Copenhague vient d'accoucher d'une souris.

Malgré un traitement intéressant qui montre un militaire paralysé ne pouvant assouvir son âme de combattant que par l'intermédiaire d'une créature, on pourra trouver le scénario un brin convenu car il renvoie aux clichés du genre, une opposition binaire entre les bons et les méchants.  Mais ces réserves sont bien minces lorsque l'on réalise ce que le cinéaste nous propose à l'écran.

Zoe Saldana et Sam Worthington

Une date, incontestablement. Avec la 3D numérique, Cameron disait : Le relief est l'avenir du cinéma. C'est une révolution semblable à celle du parlant". Et comment lui donner tort ? Pendant 2h45, c'est un véritable éblouissement visuel auquel on assiste, une expérience inédite qui fait dorénavant rentrer le cinéma à grand spectacle dans une ère nouvelle. Pour la première fois, un réalisateur à "pensé" son film en trois dimensions, de la première à la dernière image. Oublions les temps où le relief n'était qu'un gadget pour combler le spectateur de sensations plus dignes du grand huit que du septième art.

Plus de mille personnes se sont escrimées à rendre la planète Pandora aussi réaliste, envoûtante et merveilleuse. On a le devoir de saluer ces personnes qui ont fait un travail véritablement extraordinaire. Jamais la profondeur de champ n'avait été utilisée avant tant de précision, jamais le premier plan d'une image n'avait été aussi palpable. Il fallait un grand chef d'orchestre pour arriver à un tel résultat. James Cameron, prouvant une fois encore ses qualités hors pair de conteur, est de ceux-là, et les dollars à foison, si le talent et l'invention ne sont pas de mise, n'y changent rien. Lors d'une des scènes les plus mémorables, l'Arbre si cher aux Na'vis s'effondre dans un fracas assourdissant. La sensation qu'éprouve alors le spectateur n'est comparable à nulle autre pareille.

Un émerveillement de chaque instant, un frisson continu, une immersion absolue : James Cameron a réinventé le cinéma comme spectacle total. Les spectateurs qui ont pour la première fois découvert un film sonore ou le premier tourné en Cinémascope ont du avoir cette même impression : avoir vécu un moment unique. En ces temps de piratage effréné, nous avons la chance de vivre cela à notre tour. Merci Monsieur Cameron.

Antoine Jullien

mardi 15 décembre 2009

Louise Bourgeois : l'araignée, la maîtresse et la mandarine


Il est toujours périlleux de réaliser un portrait d'un artiste, qui plus est de la grandeur de Louise Bourgeois. C'est pourtant ce pari un peu fou qui a été mené par deux réalisatrices, Amei Wallach et Marion Cajori (décédée depuis). En 1993, elles se sont immergées dans l'atelier de l'artiste, alors âgée de 82 ans, recueillant ses propos et ses interrogations sur l'art, la famille, le surréalisme, la mort, et la filmant en train de sculpter ou de peaufiner ses dernières installations.

Amei Wallach et Marion Cajori ont réussi le plus difficile : se hisser à la hauteur de cette femme immense en ne tombant pas dans le piège de l'hagiographie pompière. Louise Bourgeois a quitté la France juste avant la guerre pour aller s'installer aux USA. Elle rencontre alors des figures essentielles du surréalisme (André Breton et Marcel Duchamp) avant de se faire enfin connaître dans les années 70 jusqu'à son exposition au Musée d'art moderne de New York en 1982 qui la place comme l'une des artistes majeures du XXème siècle.


En exergue, Louis Bourgeois nous dit que l'art est une bonne manière de se connaître soi-même et de faire travailler son inconscient. Tout au long de ce parcours, on découvre on redécouvre ses œuvres majeures filmées avec une élégance et une pudeur remarquables dont les fameuses araignées ainsi que ces cellules qui dégagent tant d'étrangeté et de malaise. Elles sont la preuve éclatante du questionnement permanent de l'artiste sur son passé et sur sa famille.

Cette femme a un tempérament hors du commun et le transmet magnifiquement. Son autorité, son refus absolu des conventions, sa dureté en font une personne qui cache des abîmes de souffrance et de tristesse. Soudain, elle se met à raconter une anecdote sur son père qui la comparaissait petite à des épluchures de clémentine et l'on voit la détermination disparaitre sous de douloureux sanglots. On mesure alors les raisons qui l'ont poussée à aller aussi loin dans l'exorcisation de sa propre enfance.

Même si l'oeuvre de Louise Bourgeois vous est inconnue, n'hésitez pas à franchir la porte de son univers si singulier grâce à ce documentaire éclairant et passionnant.

Antoine Jullien 

Fehner, Chéreau and co.

QU'UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT / PERSECUTION / LA SAINTE VICTOIRE

Les fêtes approchent et les sorties sont de plus en plus nombreuses. En attendant Avatar, plusieurs films français sont à l'affiche et même si aucun d'entre eux ne déclenchent un grand enthousiasme, ils méritent que l'on s'y arrête.



Qu'un seul tienne et les autres suivront est le premier long métrage de Léa Fehner. L'histoire est complexe et il serait dommage de trop en révéler tant les différentes intrigues s'imbriquent avec aisance. Une femme qui veut venger la mort de son fils, un jeune homme qui doit accepter un deal risqué et une jeune femme qui tente de sauver son amour pour un révolté qui vient d'être incarcéré sont les trois mamelles d'un récit brut et empreint d'un romanesque peu fréquent dans le cinéma français.

Les acteurs, que la réalisatrice dit "ne pas avoir assez souvent à l'écran", sont tous remarquables à commencer par Réda Kateb, vu récemment en compagnon de cellule de Tahar Rahim dans Un prophète. D'ailleurs, ce film pourrait être une sorte de prolongement au film de Jacques Audiard, le parloir d'une prison étant le décor qui  réunira tous ces personnages. Mais Léa Fehner ne tombe pas dans les pièges du film choral où toutes les astuces scénaristiques sont déployées pour que tous les protagonistes se retrouvent par "hasard. Elle préfère les réunir dans un même endroit dans lequel chacun résoudra, seul, son drame personnel. On pourra toutefois reprocher à la réalisatrice une mise en scène d'une sobriété presque excessive, des longueurs (le film aurait mérité plus de concision) et un penchant un peu trop appuyé pour le dolorisme.


Les personnages de Patrice Chéreau ont toujours été dans la souffrance. Cette fois, dans Persécution, c'est un couple qu'il filme pour la première fois à l'écran : Romain Duris et Charlotte Gainsbourg. Lui, Daniel, est un curieux bonhomme qui vit de chantiers plus ou moins douteux. Il ne sait pas comment aimer Sonia qui maintient leur relation à une distance raisonnable. Un troisième personnage (Jean-Hugues Anglade) vient bousculer le quotidien de Daniel. Il s'introduit chez lui, l'épie, et le suit partout parce qu'il est fou amoureux de lui.

Patrice Chéreau s'est inspiré de son histoire personnelle pour disséquer ces relations très compliquées. Si compliquées qu'au bout d'un moment, ce couple nous fatigue à force de se dire "je t'aime, moi non plus". Le réalisateur nous donne sa vision du rapport amoureux, se construisant et se vivant dans la souffrance de l'autre et de soi-même. Une vision qu'on peut ne pas partager et qui n'aboutit sur rien. Il y a heureusement dans ce chaos quelques moments de tendresse, notamment lors d'une belle séquence au téléphone entre les deux amants. 

Face à des dialogues presque injouables, il fallait à Chéreau de grands comédiens. Et Romain Duris est de ceux là. L'acteur, totalement investi, est sans cesse sur le fil, souvent insupportable mais n'étant finalement pas le plus névrosé des deux. Charlotte Gainsbourg confirme une présence magnétique et évanescente. Quant à Jean-Hugues Anglade qui retrouve son metteur en scène de L'homme blessé, il fait preuve de plus d'humanité que tous les gens "normaux" autour de lui. Dans ces périodes de grand froid, il n''est pas évident que ce film vous réchauffe le cœur. Bien au contraire.



La Sainte Victoire est un thriller politique français, fait assez rare pour être signalé. Xavier Alvarez, un petit architecte qui s'est construit tout seul, veut par tous les moyens grimper dans l'échelle sociale. Il propose ses services à Vincent Cluzel, un député qui brigue la mairie d'Aix-en-Provence. Xavier va dépenser sans compter pour obtenir l'élection de son "ami". Chose faite, il espère alors un retour d'ascenseur. Et les ennuis commencent... 

François Favrat, après un premier film réussi (Le Rôle de sa vie), s'attaque au milieu de la politique sans tomber dans un manichéisme facile. Même si son point de vue n'est pas nouveau, il décortique avec efficacité les rapports compliqués entre deux hommes qui ne sont ni bons ni méchants. Le maire, interprété par un innatendu et plutôt convaincant Christian Clavier, est un être intègre qui va, par faiblesse plus que par lâcheté, se compromettre. Grâce à une belle direction d'acteurs d'où se dégage le charisme de Clovis Cornillac et le charme d'une nouvelle venue, Vimala Pons, il réussit, en mode mineur, un film divertissant qui ne mérite ni les éloges qu'il n'a pas eu ni l'indifférence dont il a été victime.

Antoine Jullien 

mardi 8 décembre 2009

En attendant les Oscars...

Deux films américains candidats plus ou moins déclarés aux prochains Oscars sortiront tous les deux en début d'année prochaine et leurs bandes annonces sont depuis quelques temps visibles sur la toile. Je veux attirer l'attention sur ces deux évènements car ils recèlent beaucoup d'attentes légitimes.

Nine de Rob Marshall est l'adaptation d'un musical de Broadway lui-même inspiré du 8 1/2 de Federico Fellini. Le maestro est partout en cette fin d'année à travers expos, DVD, livres, ressorties, etc. Le réalisateur de Chicago reprend les personnages du film d'origine, à commencer par Guido incarné à l'époque par Mastroianni et ici joué par Daniel Day-Lewis. L'acteur irlandais est entouré du plus beau casting féminin de l'année : Marion Cotillard, Penelope Cruz, Nicole Kidman, Judi Dench et la grande Sophia Loren. Le trailer laisse présager un film tourbillonnant et baroque. En salles le 10 février 2010.


Les frères Coen font toujours l'évènement et cette fois encore ils risquent de surprendre. A Serious Man, leur quatorzième long métrage, est le premier depuis Fargo à avoir été tourné avec un budget minuscule et sans star. Impossible de vous en dire davantage mais la bande annonce complètement frapadingue donne de très bons signes sur la santé mentale des frangins. L'attente risque d'être un supplice. En salles le 20 janvier 2010.

Bande annonce A serious man : http://www.youtube.com/watch?v=tcUTv3LH3ss