samedi 14 mars 2015

Night Run

 
La carrière de Liam Neeson est faite de cycles. Après avoir campé le personnage du mentor pour Hollywood au début des années 2000 dans des films aussi variés que La Menace Fantôme, Dr Kinsey ou Batman Begins, l’acteur irlandais a été intronisé justicier bad-ass avec le bessonien Taken. Depuis, il semble passer son temps à dézinguer du méchant mafieux à tout va comme en témoigne sa filmographie presque exclusivement dédiée au genre. En route, il s’est trouvé un fidèle compagnon en la personne de Jaume Collet-Serra, réalisateur espagnol ayant fait ses armes sur le remake de la Maison de Cire en 2004 et le surprenant Esther en 2009, qui a la particularité de baser ses films d’action sur des concepts forts : l’amnésie de son personnage principal dans Sans Identité, l’unité d’espace (un avion) dans Non-Stop et maintenant l’unité de temps (une nuit) dans Night Run. Jusqu’ici, il faut avouer que le tandem a plutôt tenu ses promesses en livrant des films divertissants sans toutefois transcender le genre. L’édition 2015 semble ne pas déroger à la règle : intrigue minimaliste, casting intéressant et ambiance noire à tendance légèrement dépressive, tout cela sent bon la série B du samedi soir.

L’histoire oppose Jimmy Conlon (Liam Neeson) à son vieil ami Shawn Maguire (Ed Harris). Le premier, ancien tueur légendaire hanté par ses nombreuses victimes, vit seul, loin de son unique fils Mike (Joel Kinnaman) et de sa petite famille. Le second, un vieux gangster plus ou moins rangé, voit sa descendance (Boyd Holbrook) reprendre le flambeau en flirtant avec des dealers albanais au sens de l’humour limité. Par une manipulation scénaristique pachydermique, les deux rejetons vont entrer en conflit jusqu’au moment où Jimmy abat le fils de Shawn. Les deux ex-meilleurs amis n’ont plus que quelques heures pour solder leurs comptes.

Liam Neeson et Joel Kinnaman

Autant le dire tout de suite, enfermer l’intrigue sur une seule nuit n’a aucun intérêt et n’est d’ailleurs pas vraiment exploité. Cette histoire mille fois vue de vengeance aurait pu durer une semaine, une année ou même un siècle, cela n’aurait rien changé tant Night Run est un film raté et soporifique, aux ficelles aussi grossières qu'attendues. Les séquences d’actions complètement illisibles, les courses poursuites à 2km/h et les fusillades mollassonnes n’arrivent jamais à divertir un spectateur qui attend avec plus ou moins de patience l’ultime séquence où un Liam Neeson usé jusqu’à la corde va sauver son fils avec la dernière balle de son chargeur, rédemption de son personnage oblige. Le film utilise tous les poncifs du genre à tel point qu’on se demande parfois s'il n’était pas destiné à un Direct to DVD de la collection Steven Seagal. 

C’est ainsi que l’on a droit à la mise au point entre les deux protagonistes (Neeson/Harris) dans un restaurant façon Heat de Michael Mann, à la visite au parent malade en pleine nuit à l’hôpital, à la traque du super tueur (Common) qui se prend pour le T-800 de Terminator avec son pistolet à visée laser, et bien évidemment à l’ultime fusillade aux abords de la maison familiale alors que les « gentils » pensaient en avoir fini (le spectateur sait très bien qu’il n’en est rien puisque le film s’ouvre sur notre héros agonisant dans les bois). Bref, cette troisième (et dernière ?) collaboration entre le réalisateur espagnol et l’acteur irlandais est un ratage total dont vous pouvez résolument vous dispenser.

Alexandre Robinne

Etats-Unis - 1h54
Réalisation : Jaume Collet-Serra - Scénario : Brad Ingelsby
Avec : Liam Neeson (Jimmy Conlon), Ed Harris (Shawn Maguire), Joel Kinnaman (Mike Conlon), Boyd Holbrook (Danny Maguire). 

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