Deux grands cinéastes étaient à l'honneur durant ce Champs-Elysées Film Festival. Tout d'abord Alan Parker, récompensé par un prix pour l'ensemble de sa carrière, carrière qui s'est arrêtée en 2003 lors de la sortie de son dernier film, La Vie de David Gale. Le réalisateur de Midnight Express et Birdy a d'ailleurs confirmé à notre micro qu'il abandonnait définitivement le cinéma. Triste nouvelle.
William Friedkin était de passage dans la capitale à l'occasion de la ressortie director's cut de Sorcerer - Le Convoi de la peur, remake du Salaire de la Peur de Clouzot qu'il réalisa en 1977. Le tournage fut une véritable odyssée, malmené par une guerre civile et touché de plein fouet par la malaria. Friedkin y laissa des plumes et sa santé, victime d'un échec cinglant au moment de la sortie du film. Il est aujourd'hui considéré comme culte et il est vrai qu'il demeure toujours impressionnant visuellement, comportant certaines séquences stupéfiantes malgré une première partie plus faible. Nous avons eu le privilège de passer quelques instants avec le réalisateur de L'Exorciste qui estime toujours que Sorcerer est son meilleur film. A (re)découvrir sur les écrans à partir du 15 juillet.
Pour conclure ce panorama du festival, un coup de cœur à une œuvre un peu oubliée, The Rose de Mark Rydell, sorti en 1979, que l'on a pu admirer en présence du grand chef opérateur Vilmos Zigmond. Très inspiré de la vie de Janis Joplin, le film est sans conteste l'une des plus belles évocations de la scène musicale autant qu'un bouleversant portrait d'une rock star campée par une extraordinaire Bette Midler. Une ressortie à ne pas manquer en copie restaurée dès le 29 juillet.
Jeremy Irons, le président du Champs-Elysées Film Festival, n'était pas seul. Il était accompagné de la comédienne Emilie Dequenne, également présidente de la manifestation.
Nous avons rencontré l'actrice de Rosetta et Pas son genre qui a évoqué le festival, les films qu'elle a choisi de montrer au public (La Cérémonie et Requiem for a dream) ainsi que les moments forts de sa jeune carrière.
Elle s'est aussi exprimée sur la série britannique The Missing, prochainement diffusée sur TMC, dans laquelle elle interprète une policière et qui a représenté pour elle une expérience très enrichissante.
Mon Cinématographe vous propose un retour sur le 4ème Champs-Elysées Film Festival, qui s'est déroulé du 10 au 16 juin, avec une star, un seigneur, Monsieur Jeremy Irons.
Le président de la manifestation parisienne a participé à une master-class dans laquelle il a évoqué des anecdotes savoureuses sur De Niro, Depardieu et quelques autres mais il est aussi revenu sur les films importants de sa carrière dont Le Mystère Von Bülow de Barbet Schroeder qui lui valut l'Oscar du meilleur acteur en 1991, et Faux-Semblants de David Cronenberg, l'un de ses rôles les plus marquants.
Et, privilège suprême, nous avons eu la chance de l'avoir à notre micro. En vrai gentleman, il a répondu à nos questions et en a dit un peu plus sur le très attendu Batman V Superman dans lequel il interprète le rôle du majordome Alfred et qui sortira en 2016.
Le directeur de la Cinémathèque Française, Serge Toubiana, a annoncé hier soir, en compagnie du président Costa-Gavras, la saison 2015-2016 de l'institution qui fêtera en septembre prochain le 10ème anniversaire de son inauguration rue de Bercy.
Martin Scorsese par Brigitte Lacombe
L'occasion était trop belle pour rendre hommage à Martin Scorsese qui, en 2005, avait inauguré le bâtiment conçu par le célèbre architecte Frank Gehry en déclarant : "La Cinémathèque française est notre demeure spirituelle". Le réalisateur de Taxi Driver, très concerné par la préservation des films (il a créé la Film Foundation) se verra donc honoré à travers une grande exposition qui lui sera consacrée à partir du 14 octobre. Le cinéaste, qui vient de terminer le tournage de son nouveau film, Silence, fera le déplacement et participera à une master-class avant de s'envoler pour Lyon où le Festival Lumière lui remettra un prix pour l'ensemble de son oeuvre.
Elephant de Gus Van Sant
Le réalisateur américain Gus Van Sant, étrillé au dernier Festival de Cannes pour son dernier opus, The Sea of Trees (voir la vidéo), pourra se consoler grâce à l'exposition organisée par la Cinémathèque (une première en France) qui aura lieu au printemps prochain et qui souhaite aussi faire connaître une facette méconnue du cinéaste, celle de plasticien et de photographe.
Gerard Depardieu
Parmi les nombreuses rétrospectives qui jalonneront la saison, on peut citer celles consacrées à Sam Peckinpah, le réalisateur culte de La Horde Sauvage et Les Chiens de Paille, Mathieu Amalric, Raoul Ruiz, John Huston et Gérard Depardieu. Une sorte de retour aux sources cinéphiliques pour l'ogre du cinéma français après de nombreux errements artistiques et politiques.
Paul Verhoeven
Enfin, l'évènement Toute la Mémoire du Monde (voir l'article sur l'édition 2015) se déroulera en février 2016, avec comme invité d'honneur le cinéaste hollandais Paul Verhoeven (Robocop, Basic Instinct), qui en profitera pour lancer son nouveau long métrage, Elle, tourné à Paris et en français avec Isabelle Huppert.
Une programmation de qualité qui fait aussi la part belle aux réalisateurs méconnus (Miklos Jancso, Annett Wolf) et qui n'hésite pas à faire quelques choix iconoclastes, notamment la rétrospective Pierre Richard prévue à l'été prochain.
Saison 2015-2016 de la Cinémathèque française
Renseignements : www.cinematheque.fr
Suite à la capitulation japonaise à la fin de Seconde Guerre mondiale, la Chine, après des années de conflit avec l'occupant nippon, est désormais un pays détruit en proie à la guerre civile. Ayant empêché le pillage d’un village, l’unité 203 de l’Armée de Libération décide de rester et d’affronter Hawk, un bandit lourdement armé, retranché dans une forteresse impénétrable érigée sur la Montagne du Tigre. Pour y trouver une faille, l’officier de reconnaissance Yang (Zhang Hanyu) décide d’infiltrer l’organisation de Hawk.
Le cinéma chinois possède des codes artistiques et narratifs différents de ce que nous connaissons en occident. Même si Tsui Hark a œuvré au pays de l’Oncle Sam pendant les années 90, La Bataille de la Montagne du Tigre est un véritable blockbuster chinois qui sort complètement des standards américains. Ici, il ne s’agit pas de superhéros cherchant à sauver le monde mais d’un petit groupe de soldats se lançant dans une lutte désespérée contre un tyran voulant imposer de façon définitive sa puissance sur toute une région. Tsui Hark, 65 ans et toujours aussi dynamique dans sa mise en scène, nous livre un pur divertissement à la narration souvent chaotique et aux scènes d’action comme seul le cinéma asiatique sait les réaliser : extravagantes et jusqu’au-boutistes.
Usant et abusant de ralentis en pagaille, de bullet time explosifs et d’une caméra virevoltante, le réalisateur chinois s’amuse, comme à son habitude, à toujours repousser les limites du cinéma en 3D malgré des effets spéciaux numériques parfois grossiers. Les fans du réalisateur hong-kongais retrouveront ainsi sa patte légendaire dans des séquences d’action généreuses et frôlant le n’importe quoi jubilatoire. Il n’est donc pas étonnant de voir s’entrechoquer deux grenades en plein vol
ou de suivre la trajectoire d’une balle rebondissant sur des casques
pour finalement terminer sa course entre deux yeux dans une gerbe de
sang.
Si on pourra reprocher certains décors en carton-pâte rappelant les James bond des années 60 ou encore le surjeu de la quasi-intégralité du casting, c’est bien la narration qui déroute véritablement. Contrairement aux normes occidentales qui cherchent à jalonner le chemin du héros du plus grand nombre d’obstacles possible, La Bataille de la Montagne du Tigre suit une voie bien différente. Le méchant Tout-Puissant au début ne fait qu’accumuler les erreurs pour finalement perdre la partie, ce qui contribue à tuer une grande part du suspense et de relâcher l’attention du spectateur qui reste étonné par le manque de clairvoyance des méchants et l’absence de problèmes rencontrés par les gentils héros. Mais même si ces différences de traitement peuvent mettre sur la touche un bon nombre de spectateurs, on ne peut que saluer la volonté de Tsui Hark de sortir son film de la simple évocation d’un fait historique.
Cette adaptation du roman « Tracks in the Snowy Forest », publié en 1957, se base sur les souvenirs d’un jeune chinois se replongeant dans les récits de son grand-père, évitant ainsi de coller strictement aux faits. C’est pourquoi les bandits semblent sortir d’un univers de fantasy avec notamment le personnage de Hawk toujours accompagné de son aigle et ressemblant étrangement à Heihachi Mishima, personnage du jeu vidéo Tekken. Les décors répondent aussi à cette idée lorsqu’il s’agit de montrer la forteresse de la Montagne du Tigre, ressemblant plus à un château médiéval perché sur une falaise qu’à un bunker traditionnel de la Seconde Guerre mondiale. Ajouté à cela un remarquable affrontement entre le héros Yang et un tigre en plein milieu d’une forêt enneigée et une seconde fin spectaculaire (attention à ne pas quitter la salle au début du générique !) et vous obtenez un film à mi-chemin entre l’hommage et le grand spectacle fantastique. Ou comment transformer une réalité historique en légende immortelle.
Alexandre Robinne
Chine - 2h22 Réalisation : Tsui Hark - Scénario : Jianxin Huang Avec : Hanyu Zhang (Yang Zirong), Tony Kai Fai Leung (Hawk), Nan Yu (Ma Quiglian).