mardi 21 juin 2016

Catherine Deneuve, reine de Lyon

 
La grande dame du cinéma français, Catherine Deneuve, recevra le 8ème prix Lumière, remis lors du festival Lumière qui se tiendra du 8 au 16 octobre prochain à Lyon et dans sa métropole. Créée en 2009 par Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes, et Bertrand Tavernier, la manifestation est devenue en quelques années le rendez-vous incontournable du cinéma classique où pléthore de films restaurés sont proposés au public durant plus d'une semaine. 

Après Clint Eastwood, Quentin Tarantino, Milos Forman, Ken Loach, Pedro Almodovar, Martin Scorsese et Gérard Depardieu, Catherine Deneuve est la première comédienne à être honorée, pour, dixit le festival, "ce qu'elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle dit, ce qu'elle joue, ce qu'elle chante et ce qu'elle enchante depuis toujours et pour toujours".

Catherine Deneuve dans Un Conte de Noël d'Arnaud Desplechin
 
Son éblouissante carrière, jalonnée de films majeurs et de cinéastes qui ne le sont pas moins (Truffaut, Bunuel, Demy, Téchiné, Polanski, Melville, Rappeneau, Lars Von Trier...), fait de ce choix une évidence, Catherine Deneuve incarnant à la fois le prestige et la modernité, toujours au diapason du cinéma mondial, qui aime alterner les univers et les réalisateurs avec une insatiable curiosité et une élégance incomparable.

Le reste de la programmation de cette 8ème édition est aussi alléchant, de Walter Hill à Marcel Carné en passant par Buster Keaton, avec en point d'orgue le documentaire fleuve de Bertrand Tavernier consacré au cinéma français. 

8ème festival Lumière à Lyon du 8 au 16 octobre. 
Renseignements : http://www.festival-lumiere.org/ 

mercredi 15 juin 2016

Diamant Noir

 
Le polar est un genre tellement éprouvé que les bonnes surprises sont rares. Diamant noir d'Arthur Harari en est assurément une et porte très bien son titre. Primé au festival du film policier de Beaune, ce premier long métrage est un véritable joyau, tant sur la forme que sur le fond, et une plongée fascinante dans le monde opaque et feutré des diamantaires. 

Pier Ulmann vivote à Paris, entre chantiers et larcins qu'il commet pour le compte de Rachid, sa seule vraie famille. Son père, qu'il n'avait pas vu depuis des années, est retrouvé mort après une longue déchéance. Jugeant sa famille responsable de cette disparition tragique, Pier décide de se venger. Sur l'invitation de son cousin, il se rend à Anvers pour rénover les bureaux de la prestigieuse firme Ulmann, en cachant son véritable dessein. 

Niels Schneider

Arthur Harari entremêle avec brio l'étude documentaire et la tragédie familiale. Filmant avec une grande acuité un milieu que l'on a rarement vu à l'écran, il scrute l'évolution d'un homme qui va lui-même être happé par cet univers mystérieux au point de ne plus être très sûr de ses intentions. Déterminé à venger la mémoire de son père, il va se voir marcher dans ses pas, celui d'un tailleur de diamant doué, promis à un bel avenir. Et grâce à un scénario très bien écrit, Arthur Harari malmène intelligemment les points de vue, les ennemis du début n'étant plus forcément les mêmes à la fin. 

Le jeune réalisateur possède un style indéniable, tout en contrastes, signant un film formellement très accompli et personnel, loin des clichés visuels inhérents au genre. Réunissant une formidable troupe d'acteurs dominée par le regard intense et fiévreux de Niels Schneider, qui trouve ici son premier rôle majeur, Arthur Harari réussit un brillant film noir en adéquation totale avec l'image même du diamant, son aspect tranchant et éclatant pouvant dissimuler de multiples facettes. Un coup de maître qui laisse augurer de bien belles promesses.

Antoine Jullien
 
France - 1h55
Réalisation : Arthur Harari - Scénario : Arthur Harari, Vincent Poymiro et Agnès Feuvre. 
Avec : Niels Schneider (Pier Ulmann), August Diehl (Gabi), Hans Peter Cloos (Joseph), Raphaële Godin (Luisa).  

Disponible en DVD chez TF1 Vidéo.

mercredi 8 juin 2016

La Grande Séance de Juin


Une fois n'est pas coutume, La Grande Séance du mois de juin fut animée par votre serviteur, en compagnie d'Antoine Sire, le spécialiste des classiques du cinéma, et des blogueurs Alexis Hyaumet et Anaïs Berno. L'invité de l'émission était le réalisateur Eric Lavaine pour la sortie de la comédie Retour Chez ma mère avec Josiane Balasko, Alexandra Lamy et Mathilde Seigner.

Au sommaire de l'émission, les tops et les flops du box-office, le coup de projecteur sur le documentaire de Bertrand Tavernier, Voyage à travers le cinéma français, le focus sur la 5ème édition du Champs-Elysées Film Festival avec l'intervention de sa fondatrice et présidente, Sophie Dulac, sans oublier le débat de l'émission qui portait sur le fossé de plus en plus grand entre le public et la critique vis-à-vis de la comédie française, ce qui a particulièrement fait réagir Eric Lavaine. 

Antoine Jullien

L'émission est à retrouver ICI et disponible également en podcast sur Seanceradio.com








mardi 7 juin 2016

Elle

 
Paul Verhoeven n'aime pas les zones de confort. Pour son nouveau film, il décide d'adapter un roman de Philippe Djian, Oh !, en France et en français, avec des acteurs tricolores. Après sa période américaine tumultueuse qui l'a vu malmener les codes du blockbuster yankee (Robocop, Starship Troopers) et mettre à mal la société puritaine (Basic Instinct), puis son retour sur ses terres natales avec le très bon Black Book, l'incorrigible hollandais frappe fort. Elle a visiblement échappé au regard du jury du dernier festival de Cannes, il est vrai pas très clairvoyant, mais a bousculé le nôtre. Car d'une histoire supposée de viol et de vengeance, Paul Verhoeven bouleverse toutes nos attentes. 

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. A la tête d'une grande entreprise de jeux vidéos, elle gère sa vie d'une main de fer qui bascule lorsqu'elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Elle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. 

Isabelle Huppert

Dès la séquence d'ouverture, Paul Verhoeven nous déstabilise. Il filme cette scène de viol à travers le regard du chat de l'héroïne, seul la bande son rendant compte de son caractère terriblement violent. Ensuite, Michèle semble vouloir l'effacer de sa mémoire et reprendre sa vie comme si de rien n'était. Ses proches s'en soucient mais elle veut continuer à tenir tête. Prompte au rapport de force, on pense alors qu'elle va vouloir faire payer son agresseur. Sauf que Paul Verhoeven déteste les comportements trop rationnels, préférant disséquer un personnage ambivalent, pris depuis sa jeunesse dans un étau de violence et de détestation à cause d'un père serial killer rendu tristement célèbre.

Laurent Lafitte et Isabelle Huppert

Avant que le film ne devienne français, Paul Verhoeven l'avait envisagé aux États-Unis. Mais les actrices américaines, dont certaines illustres, ont décliné le rôle, sans doute effrayées devant l'amoralité du film et son caractère subversif. Seule Isabelle Huppert pouvait habiter le personnage de la sorte, et elle est, une fois encore, éblouissante. Elle parvient à mêler le chaud et le froid dans un même élan, tour à tour victime et bourreau, meneuse d'hommes intraitable en proie à leurs pires pulsions. Son rodéo pervers avec son agresseur la stimule et l'effraie, la menace côtoyant sans cesse la plaisir dangereux. 

A l'instar d'un Chabrol ou d'un Buñuel des grands jours, Paul Verhoeven dissèque également la bourgeoisie avec une cruauté salvatrice, déjouant les jeux de dupe et les faux-semblants, s'amusant à les tourner en ridicule avec une ironie jouissive. Elle prend souvent les allures d'une farce où l'on rit franchement de cette farandole qui va de l'amant lourdingue à la dévote trompée en passant par le voisin un peu trop propre sur lui. Une galerie magnifiquement domptée par Isabelle Huppert et son réalisateur, ici en parfaite symbiose. Le tandem a su livrer une œuvre dérangeante, bousculant malicieusement les archétypes et nos habitudes de spectateur, dans un concert tordu d’ambiguïtés et de malaise diffus qui vous poursuivra longtemps après la projection. 

Antoine Jullien

France / Allemagne - 2h10
Réalisation : Paul Verhoeven - Scénario : David Birke d'après le roman de Philippe Djian.
Avec : Isabelle Huppert (Michèle), Laurent Lafitte (Patrick), Anne Consigny (Anna), Charles Berling (Richard), Virginie Efira (Rebecca). 

Disponible en DVD et Blu-Ray chez TF1 Vidéo

ELLE DE PAUL VERHOEVEN - FILM ANNONCE from SBS Distribution on Vimeo.

vendredi 27 mai 2016

Cannes - Reprises de la Quinzaine des Réalisateurs et Un Certain Regard


Comme chaque année, les cinéphiles qui n'ont pas pu découvrir les films à Cannes peuvent se rattraper grâce aux reprises des longs métrages de la Quinzaine des Réalisateurs et Un Certain Regard.

Divines d'Ouda Benyamina, lauréat de la Caméra d'Or

Le Forum des Images propose une nouvelle fois la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs avec au programme le primé Divines d'Ouda Benyamina, lauréat de la Caméra d'Or, le film d'animation Ma Vie de Courgette qui a créé un véritable emballement, le documentaire Risk de Laura Poitras (la réalisatrice oscarisée de Citizenfour) consacré à Julian Assange mais également les nouveaux films de réalisateurs reconnus comme Pablo Larrain (Neruda), Alejandro Jodorowsky (Poésie sans fin) et Paul Schrader (Dog Eat Dog).

La belle programmation concoctée par Edouard Waintrop, à (re)découvrir jusqu'au 5 juin, devrait à nouveau attirer les foules et connaître le même succès que l'an dernier, le Forum des Images enregistrant un record de fréquentation avec près de 9000 spectateurs. 

The Happiest Day in the life of Olli Mäki, Prix Un Certain Regard

La section à Certain Regard est elle à découvrir au cinéma Le Reflet Médicis jusqu'au 31 mai. Au programme, la magnifique Tortue Rouge de Michael Dudok de Wit dont nous avons déjà dit tout le bien dans nos chroniques (voir la vidéo) et qui reçu le prix spécial du jury, un bon thriller, Hell or High Water de David MacKenzie (interview du cinéaste à retrouver prochainement), The Happiest Day in the life of Olli Mäki du réalisateur finlandais Juho Kuosmanen, lauréat du Prix Un Certain Regard, ainsi que plusieurs longs métrages tricolores remarqués comme La Danseuse de Stéphanie Di Giusto et Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin.

Reprise de la Quinzaine des Réalisateurs au Forum des Images jusqu'au 5 juin
Forum des Halles, 2 rue du Cinéma - 75001 Paris
Informations : http://www.forumdesimages.fr/les-programmes/reprise-quinzaine-2016
 
Reprise Un Certain Regard au Reflet Médicis jusqu'au 31 mai
3, rue Champollion - 75005 Paris
Informations : http://reflet.cine.allocine.fr/