mardi 15 septembre 2009

Ressortie : Un Sean Connery inédit


Pour tout le monde ou presque, Sean Connery restera à jamais comme l'agent le moins secret de la planète. L'acteur a pourtant tenté d'enrayer cette image avec des films parfois majeurs comme Le Nom de la Rose ou le superbe Homme qui voulut être roi mais aussi des œuvres méconnues ou restées jusqu'à présent invisibles. Il y a deux ans ressortait The Offence de Sidney Lumet, thriller oppressant et tendu qui nous montrait un Connery impressionnant de brutalité, de douleur contenue, de violence sèche dans le rôle d'un flic hanté par les crimes et la violence de son quotidien. L'acteur cassait son image avec fracas au point que les producteurs de l'époque, probablement effarés par cette "déromantisation" de James Bond, avaient sorti le film en cati mini.

C'est un autre de ses films méconnus qui ressort aujourd'hui dans quelques salles. Il s'agit de The Molly Maguires tourné en 1970, dont le très mauvais titre français Traitre sur commande pourrait rappeler à tort une vieille série Z. L'histoire se passe à la fin du XIXème siècle dans une mine de Pennsylvanie. Connery est le chef d'un groupuscule secret, les Molly Maguires, qui commettent des actes de sabotage pour lutter contre la violence répressive des policiers. Sean Connery dans un film gauchiste, le croyez-vous ?

Le film est moins politique qu'on pourrait le penser mais néanmoins engagé, comme le montre d'ailleurs la filmographie de Martin Ritt qui s'est souvent attaché à filmer des œuvres à consonance sociale. Le début, sans parole, rappelle le grandiose There Will be blood : dans une mine, un groupe d'hommes préparent minutieusement un attentat. Ils ressortent, se séparent et lorsque le dernier d'entre eux disparaît du cadre, la mine explose.

 
Le réalisateur décrypte une communauté de mineurs et montre avec force leur condition de vie déplorable et leur asservissement aux autorités. Il s'attache surtout à la relation entre Connery et Richard Harris qui joue un flic se faisant passer pour un mineur alors qu'en fait il est chargé d'infiltrer cette société secrète pour les capturer.

De facture classique, le film pose la question du choix : celui d'aller jusqu'au bout du combat, même perdu d'avance ou celui de trahir alors que l'on partage le même combat. La confrontation entre Harris et Connery marque constamment cette dualité jusqu'à la scène finale, terrible de cruauté. Les deux acteurs sont remarquables, en particulier Richard Harris, ambigu jusqu'au bout, inspirant la sympathie comme le dégoût le plus profond.

Martin Ritt  prend un genre rarement traité par le cinéma américain, le thriller social, et offre surtout l'occasion aux détracteurs du grand Sean d'admettre enfin qu'il vaut déciment bien davantage que 007.

Antoine Jullien



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