mercredi 23 décembre 2015

Star Wars : Le Réveil de la Force

 
Nous n'avons pas fait partie des journalistes ayant assisté à la projection presse de ce nouveau Star Wars et qui ont du signé une clause les interdisant de divulguer des éléments clés de l'intrigue sous peine de poursuites engagées par LucasFilm. Nous ne sommes pas rentrés dans cette sorte de compromission critique et sommes allés le découvrir en salle, comme tout le monde, avec Sofia Coppola en prime (elle était assise dans le rang derrière nous !). Ce septième épisode était le blockbuster le plus attendu de l'année, couvert par un secret quasi obsessionnel de la part de Disney qui a racheté en 2012 la firme de George Lucas pour 4 milliards de dollars. Envahi par un merchandising qui a déjà rentabilisé le film avant même sa sortie, le public ne pouvait pas passer à côté de cet infernal rouleau compresseur. Et le film dans tout ça ? J.J. Abrams, spécialiste ès franchises en déclin (Star Trek, Mission : Impossible), avait, c'est peu de le dire, une certaine pression sur les épaules. En retrouvant l'esprit de la saga originale, le réalisateur réussit un pari qui était loin d'être gagné. (Critique sans spoilers)

Nous sommes trente ans après Le Retour du Jedi. Le Nouvel Ordre s'est crée sur les ruines de l'Empire, dirigé désormais par le terrible Kylo Ren qui cherche à récupérer les plans de la Résistance. Rey, une jeune pilleuse d'épaves sans famille, et Finn, un stormtrooper déserteur, vont tenter de rejoindre la Résistance.

Daisy Ridley

Lorsque le générique déroulant du Réveil de la Force apparaît, sous les notes de la fameuse musique de John Williams, un léger frisson nous envahit. Cette saga mythique, qui a bercé plusieurs générations, parvient toujours à nous transporter malgré la médiocre prélogie des années 90-2000. George Lucas s'était fourvoyé dans sa propre mythologie, il était temps qu'un œil neuf reprenne les commandes. Très respectueux du matériau original, J.J. Abrams s'est en plus adjoint les services de Lawrence Kasdan qui avait déjà officié sur les scénarii de L'Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi. Un gage de sérieux et de fidélité qui se ressent bien à l'écran. Tout en faisant réapparaître certains personnages cultes pour notre plus grand plaisir (Han Solo, La Princesse Leia), le tandem a misé aussi sur des nouveaux venus qui font une entrée remarquée, à commencer par l'actrice Daisy Ridley qui confère une belle détermination au personnage de Rey, le pivot central de cette nouvelle trilogie. 

Carrie Fisher et Harrison Ford

En tournant cet épisode VII en 35mm, J.J. Abrams a opéré un retour aux sources bienvenu. Il a su retrouver l'esthétique des épisodes IV, V et VI tout en la modernisant par petites touches. Un alliage qui fonctionne et qui trouve sa cohérence tout au long des 2h15 de projection. Les batailles sont spectaculaires sans être envahissantes, les transitions fluides, les moments d'émotion en adéquation parfaite avec les instants plus légers. Le réalisateur et son équipe ont voulu reprendre à leur compte tous les ingrédients de la saga en les assaisonnant avec une méticuleuse parcimonie, comblant à la fois les fans et les néophytes. 

On pourra tout de même regretter le manque de prise de risque de l'entreprise et le calquage presque symétrique sur les intrigues des épisodes IV et V. On retrouve en effet une construction scénaristique étonnamment similaire, des scènes à la limite du copié-collé et des nouveaux personnages qui ont les mêmes fonctions que leurs prédécesseurs. Il fallait sans doute passer par ce trop grand respect pour réactiver la franchise et la porter, espérons-le, vers des cimes plus inattendues. A la vue des dernières images, on peut repartir de la salle confiant. La Force risque d'avoir encore quelques beaux jours devant elle.

Antoine Jullien

Etats-Unis - 2h15
Réalisation : J.J. Abrams - Scénario : Lawrence Kasdan, J.J. Abrams et Michael Arndt d'après les personnages créés par George Lucas
Avec : Harrison Ford (Han Solo), Mark Hamill (Luke Skywalker), Carrie Fisher (Princesse Leia), Daisy Ridley (Rey), Adam Driver (Kylo Ren), John Boyega.

Disponible en DVD et Blu-Ray chez LucasFilms

mercredi 2 décembre 2015

Le pont des espions

 
Les deux Guerres mondiales, le XIXème siècle, les années 30, les sixties... Après vingt-six longs métrages, Steven Spielberg semblait avoir passé en revue toutes les époques. A l'exception du fantaisiste Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, la Guerre Froide avait échappé au viseur de sa caméra. C'est désormais chose faite avec Le Pont des Espions, adapté, excusez du peu, d'un scénario des frères Coen qui se sont inspirés de l'histoire véridique de Jim Donovan qui avait failli voir le jour en 1965 avec Gregory Peck et Alec Guiness. Acteur fétiche du cinéaste, Tom Hanks était le comédien idéal pour cette leçon d'idéalisme rondement menée mais frôlant l'académisme. 

Avocat à Brooklyn, James Dovonan (Tom Hanks) se voit proposer la défense d'un espion russe (Mark Rylance), accusé de trahison. Malgré la vindicte populaire, celui-ci accepte. Quelques temps plus tard, un pilote américain est capturé par les soviétiques. Donovan est engagé secrètement par le gouvernement américain pour négocier l'échange des prisonniers.

Mark Rylance et Tom Hanks

Après son passionnant renouveau stylistique et thématique du début des années 2000, Spielberg poursuit dorénavant sa veine classique entamée avec Cheval de Guerre et Lincoln. Sur les traces de ses glorieux aînés de l'âge d'or hollywoodien, le cinéaste, qui n'a plus grand chose à prouver, puise dans des histoires vraies pour raconter les fondements des Etats-Unis. En ce sens, le personnage de Dovonan, pétri d'humanisme, est un héros typiquement spielbergien. Au nom de ses croyances résolues dans la constitution de son pays, il va devoir affronter la foule pour défendre un homme que l'on juge indéfendable. C'est la première partie du récit, située à New-York, que le cinéaste enrobe dans un majestueux classicisme, magnifié une fois encore par la photographie de son fidèle chef opérateur Janusz Kaminski. A l'instar d'Henry Fonda, Tom Hanks incarne une certaine idée de la tolérance et de la défense des idéaux. Il ne cherche d'ailleurs pas à savoir si cet homme est un espion mais va dépenser son temps et son énergie à garantir ses droits, allant même devant la Cour Suprême. 


La deuxième partie, située à Berlin-Est au moment de l'édification du mur, nous plonge pleinement dans la Guerre Froide. Mais le regard porté par Spielberg sur cette sombre période paraît un peu déconnecté en comparaison des enjeux géopolitiques qui s'affrontaient dans ce monde hautement bipolaire. Seul contre (presque) tous, Tom Hanks va sans surprise parvenir à ses fins jusqu'au fameux pont Glienecke où a eu réellement lieu l'échange. A cet instant, Donovan est pris d'une certaine empathie pour cet espion pourtant si peu soucieux de son propre sort (l'excellent Mark Rylance), regrettant presque de le voir partir. L'ennemi n'est plus forcément celui que l'on croit. 

On reste tout de même songeur lorsque l'on voit s'afficher le nom des frères Coen au générique. Leur ironie coutumière et leur sens inné du décalage ont été gommés au profit d'un idéalisme béat cher au papa d'E.T. Ce positivisme forcené, que l'on appréciera plus ou moins au gré des films du réalisateur, a atteint son point limite, de plus alourdi par la partition pâteuse du compositeur Thomas Newman qui a remplacé au pied levé John Williams. Heureusement, l'humour pointe parfois le bout de son nez et on aime lorsque le héros, de retour chez lui, s'effondre de fatigue alors qu'on le glorifie dans les médias. Malgré notre relative déception, on se dira pour se consoler qu'il est tout de même pas si fréquent de regarder un film de plus de 2h sans voir les minutes défiler. Steven Spielberg, ou l'art certain du récit. 

Antoine Jullien

Etats-Unis / Inde / Allemagne - 2h21
Réalisation : Steven Spielberg - Scénario : Joel Coen, Ethan Coen et Matt Sharman
Avec : Tom Hanks (James Donovan), Mark Rylance (Rudolf Abel), Amy Ryan (Mary Donovan), Alan Alda (Thomas Watters Jr.)

Disponible en DVD et Blu-Ray chez 20th Century Fox

lundi 30 novembre 2015

La critique cannoise de Mia Madre


Nanni Moretti est reparti bredouille du dernier festival de Cannes. Mia Madre, son treizième film, avait pourtant enthousiasmé les critiques et les festivaliers, touchés par l'histoire de Margherita (Margherita Buy) et de son frère (Nanni Moretti) qui vont accompagner leur mère dans ses derniers instants.

Un sujet grave traité avec délicatesse par Moretti qui ne se contente pas d'évoquer seulement le deuil comme il l'avait déjà fait dans La Chambre du Fils. Il convoque aussi le cinéma à travers le tournage d'un film dans lequel une réalisatrice doit diriger une star américaine exubérante et capricieuse incarnée par un irrésistible John Turturro. 

Les scènes comiques viennent de lui et il faut le voir, à table, raconter crânement ses rapports (imaginaires !) avec Stanley Kubrick pour avoir une idée plus précise du personnage. Mais le clown Turturro, qui n'a jamais été aussi latin à l'écran, doit affronter les états d'âme d'une réalisatrice peu aimable derrière laquelle se cache évidemment la figure de Moretti lui-même. 

Le cinéaste filme les affres de la création malmenés par les tourments intimes d'une vie personnelle chamboulée de fond de comble. Un film secrètement bouleversant, aux résonances profondes, en salles dès le 2 décembre. 

Antoine Jullien

Italie / France - 1h47
Réalisation : Nanni Moretti - Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Valia Santella
Avec : Margherita Buy (Margherita), John Turturro (Barry Hungins), Nanni Moretti (Giovanni), Giulia Lazzarini (Ada). 

mercredi 25 novembre 2015

Jeu-Concours La Chambre Interdite

 
Le réalisateur canadien Guy Maddin est parti à la recherche de films perdus, de leurs personnages et histoires imaginés par Hitchcock, Lubitsch, Stroheim et autres grandes maîtres. Avec Evan Johnson, il a constitué une série de courts métrages formant un long métrage, La Chambre Interdite, à découvrir en salles à partir du 16 décembre. 

25 vidéos racontent l'histoire de Forestier qui part à la recherche de Margot, la femme qu'il a tant aimée, kidnappée par l'Answang. 

En attendant la sortie, Mon Cinématographe, partenaire du film, vous propose une expérience transmedia du 25 novembre au 20 décembre. 

Chaque jour, une nouvelle vidéo sera mise en ligne sur un site partenaire pendant 48h. Passé ce délai, elle disparaît à moins que l'internaute ne la "collecte" par le moyen d'un bouton dédié.


En cliquant sur "collecter", la vidéo est sauvegardée sur le profil personnel de l'internaute sur www.lachambreinterdite.fr. Il compose alors une mosaïque de vidéos et reconstitue l'histoire. 

Les vidéos qu’il collecte sur les sites des partenaires sont ainsi sauvegardées et échappe à la disparition programmée au bout des 48h de mise en ligne.

L’internaute qui aura regardé et collecté les 25 vidéos participera au tirage au sort pour gagner un des lots suivants :

- abonnement d’un an à MUBI
- coffrets DVD intégrale de Guy Maddin
- 10x2 pass pour l’un des cycles cinéma à venir au Centre Pompidou : Sharunas Bartas / Hors Pistes / Jean-Marie Straub et Danièle Huillet / Jafar Panahi / Joao Pedro Rodrigues.

Voici le premier extrait du film "Les troublants souvenirs de Forestier" :

http://lachambreinterdite.fr/partenaire/xyV5

dimanche 15 novembre 2015

Quand la fiction ne peut pas se substituer à la réalité


Suite aux terribles attentats de Paris, le producteur et le distributeur du film Made In France de Nicolas Boukhrief ont décidé de repousser sa sortie, prévue mercredi prochain, à une date ultérieure. 

Une juste décision quand on connaît le sujet du film, l'infiltration d'un journaliste au sein d'une cellule djihadiste prête à commettre le chaos dans la capitale. Son affiche, montrant une kalachnikov se superposant à la Tour Eiffel, a également été retirée. 

Mon Cinématographe a pu le découvrir et comptait l'évoquer au moment de sa sortie. Mais la fiction ne doit pas, en ces heures sombres, se substituer à la réalité.

Nous avons une pensée forte pour toutes les victimes de ces attentats.