mercredi 2 mai 2012

La cabane dans les bois


Joss Whedon a la côte depuis la mise en oeuvre d'Avengers. Le hasard du calendrier fait se confronter au même moment la réunion des superhéros Marvel à une petite série B qui aura mis plusieurs années avant de sortir des cartons suite aux problèmes financiers de la MGM. Joss Whedon est le producteur et le scénariste de La Cabane dans les Bois, la réalisation ayant été confiée à Drew Goddard, l'auteur de Cloverfield. Une paire gagnante qui a souhaité renouveler le genre ultracodifié du film d'horreur. Un pari à moitié réussi. 

Cinq amis partent passer le week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ils n'ont pas idée du cauchemar qui les attend ni de ce que cache en réalité cette mystérieuse cabane...


Autant déflorer le mystère maintenant car on le pressent dès les premières minutes du métrage : les personnages sont manipulés par une organisation secrète qui met en scène leurs morts successives. Truffée de caméras, la cabane devient le théâtre d'un jeu sadique orchestré par deux ados attardés et cyniques qui prennent un malin plaisir à voir ce groupe mourir à petit feu. Joss Whedon et Drew Goddard malmènent les chemins balisés en proposant un détournement malicieux du genre. Mais à trop vouloir être originaux, les réalisateurs en ont oublié l'essentiel. La peur. 

Elle est totalement absente car le spectateur a toujours une longueur d'avance sur les protagonistes qui  ne savent rien de la machination dont ils sont les jouets. La caméra passe sans cesse du point de vue des bourreaux à celui des victimes mais le dévoilement de l'envers du décor, s'il surprend au début, annihile les frissons, ne provoquant que quelques touches d'humour qui tombent le plus souvent à plat. Il faut attendre la dernière demi-heure pour obtenir un déchaînement innatendu d'action et un astucieux renversement des rôles qui arrive malheureusement un peu tard, avec en prime l'apparition grotesque d'une star qu'on attendait vraiment pas. Et les explications fumeuses délivrées lors de l'épilogue ont évité à Whedon/Goddard d'approfondir leur sujet et ses réminiscenes contemporaines, à savoir l'obsession du voyeurisme qui transforme la vie en un spectacle permanent. Reste un film qui ne verse ni dans la parodie ni dans le gore outrancier et qui a tout de même le mérite de bousculer quelque peu nos habitudes de spectateur friand de récits d'épouvante.

Antoine Jullien

mardi 1 mai 2012

Babycall


Noomi Rapace a marqué au fer rouge les spectateurs qui ont pu la découvrir sous les traits de Lisbeth Salander dans l'adaptation suédoise du best-seller Millenium. L'intensité de son regard mêlé à sa gestuelle si singulière promettaient une ascension fulgurante. Avant de la retrouver en archéologue à la recherche de nos origines dans le mystérieux Prometheus (voir article), elle campe, dans Babycall, une mère aux abois,  en proie à de troublantes hallucinations. Un rôle fort pour une comédienne qui ne semble avoir aucune limite et qui fait à nouveau sensation. 

Anna s'est réfugiée dans un logement social avec Anders, son fils de 8 ans. Terrifiée à l'idée que son ex-mari ne les retrouve, elle achète un babyphone pour être sûr qu'Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais des cris d'enfant, provenant d'un autre appartement, viennent parasiter le babycall. 

Noomi Rapace 

Le réalisateur norvégien Paul Slataune ne masque pas ses influences, d'Hitchcock à Polanski. On ressent en effet une prégnante atmosphère de claustration renforcée par un cadre et des ambiances très réalistes. La banalité du décor est un contre-point judicieux au sentiment de paranoïa vécu par l'héroïne. Car si Anna est légitiment terrorisée par une menace extérieure, ses attitudes étranges et la froideur de son regard interrogent le spectateur sur la véracité de ce qu'elle raconte. 

La frontière entre le réel et l'imaginaire est savamment entretenue par le réalisateur qui privilégie une mise en scène épurée au service de ses personnages. L'horreur est hors-champ mais Paul Slataune la suggère de manière glaçante, des hurlements d'un enfant inconnu au comportement ambigu d'un assistant social. Anna est de plus en plus livrée à elle-même à mesure qu'elle s'enferme dans une solitude que tente de rompre le vendeur du babycall, sobrement incarné par Kristoffer Joner. En réunissant ces deux protagonistes, le cinéaste aborde le thème qui parcourt tout le film, l'enfance meurtrie et ses plaies indélébiles. Mais le cinéaste a préféré ménager un retournement de situation qui ne convainc guère et qui amoindrit la portée du film. Un choix regrettable car la profonde tristesse qui se dégage de Babycall et la présence inquiétante de Noomi Rapace auraient presque justifié le Grand prix qu'il a obtenu lors du dernier festival de Gérardmer. 

Antoine Jullien

jeudi 26 avril 2012

Avengers


Il y a deux manières d'aborder Avengers : soit en fan absolu de l'univers Marvel ou soit en parfait novice des super héros issus (en partie) de l'imaginaire de Stan Lee. Votre serviteur faisant résolument partie de la seconde catégorie, l'attente autour de la réunion de Hulk, Iron Man et consorts ne générait pas une insupportable attente, loin s'en faut. Le résultat se révèle donc une bonne surprise, alternant plutôt habilement l'humour et les grands moments d'action avec la volonté manifeste de ne pas trop se prendre au sérieux. 

Nick Fury, le directeur de S.H.I.E.L.D, l'organisation secrète qui a pour mission de préserver la paix mondiale, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde. Il fait appel à Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, Hawkeye et Black Widow pour affronter le redoutable Loki qui a réussi a accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...

Jeremy Renner, Chris Evans et Scarlett Johansson 

Le pitch, un peu léger, peut prêter à sourire et les scénaristes auraient pu largement alléger le script de longs tunnels de dialogues inutiles et d'explications hasardeuses. La tâche était difficile, réunir à l'écran plusieurs super héros dont les aventures ont déjà donné lieu à de nombreuses adaptations ciné sans prendre le risque de se répéter ou de perdre le spectateur non averti. Malgré quelques couacs dans l'intrigue et un sérieux ventre mou au milieu de gué, Joss Whedon, connu surtout comme le créateur de la série Buffy contre les vampires, a réussi son pari en équilibrant les stars à l'écran sans que l'une ou l'autre ne prenne la couverture à lui bien que Robert Downey Jr. en Iron Man à l'ironie délectable et Mark Ruffalo en Hulk débonnaire damnent le pion à leurs partenaires. 

Les fans retrouveront l'atmosphère propre aux BD Marvel et les autres s'amuseront devant ce spectacle pétaradant et efficace, à voir le long assaut final qui ne révolutionne pas le genre mais qui en met plein les mirettes. Pour autant, toutes ces péripéties, aussi sympathiques soit-elles, restent standardisées et les souvenirs passés devant l'écran devraient vite s'estomper. Il n'en demeure pas moins un divertissement honorable qui montre une fois encore à quel point la bande dessinée est un inépuisable terreau d'inspiration. 

Antoine Jullien





mercredi 25 avril 2012

Les vieux chats


Après s'être fait remarqués grâce à La Nana, les chiliens Sebastian Silva et Pedro Peirano réalisent un nouveau huis-clos qui a cette fois comme cadre l'appartement d'une vieille dame au coeur de Santiago. Reprenant une partie du casting de leur film précédent, ils retrouvent ce mélange de comédie et de drame en l'affinant davantage afin d'obtenir un tableau juste et cruel de nos contemporains. 

Isadora et Enrique vivent paisiblement dans leur appartement en compagnie de leurs deux vieux chats. Mais l'irruption de la fille d'Isadora va troubler cette apparente tranquillité. 

On perçoit dès les premières minutes qu'Isadora, malgré son confort, la présence d'Enrique et ses deux matous, n'a plus toute sa tête. Cette détresse intérieure s'exprime superbement grâce au regard perdu de Bélgica Castro dont la présence semble envahir chaque plan. Les cinéastes ont su retranstrire visuellement sa perte de mémoire en l'isolant dans le cadre et ainsi rendre poreuse la frontière entre son monde à elle et le monde réel. Une image incongrue, l'apparition d'hommes déguisés en abeilles, semble au départ tout droit sortie de son imagination avant que l'on s'aperçoive qu'il s'agit du tournage d'une publicité. Cette confusion, savamment entretenue par les cinéastes, est l'un des intérêts majeurs du film. 

Bélgica Castro et Claudia Celedon

Mais il explore surtout les rapports difficiles entre une mère et sa fille qu'elle méprise, présentée comme une femme cupide, irresponsable et droguée. Une description parcellaire qui révélera des failles chez ce personnage souvent détestable mais dont l'humanité rejaillira par moments grâce à la présence de sa petite amie qui échappera elle-aussi à la caricature. Les "vieux" du film ne sont pas en reste et ne s'avèreront pas aussi irréprochables qu'on ne pouvait le supposer.  

Grâce à leur utilisation minutieuse du décor qui emprisonne peu à peu les protagonistes en faisant ressortir toute leur colère et leur frustration, les cinéastes créent une tension palpable à mesure que les véritables enjeux se dessinent : le pardon et la réconciliation. Mais s'il l'on croit un instant que le film va se terminer de manière positive, la dernière phrase prononcée par Isadora est, à l'image de cette scène illusoire de course-poursuite dans l'escalier, d'une terrible amertume autant que d'une redoutable lucidité. 

Antoine Jullien 

Tyrannosaur


Le cinéma britannique aime se confronter à la réalité sociale et scruter les maux d'une société à la dérive. Avec Tyrannosaur, le comédien Paddy Considine, dont c'est le premier long métrage, s'inscrit dans cette tradition en offrant à deux magnifiques acteurs des partitions complexes et délicates. 

L'histoire se déroule à Glasgow où Joseph est en proie à de subits accès de violence suite à la disparition de sa femme. Un jour, il fait la rencontre d'Hannah, une femme très croyante qui tente de le réconforter. Mais devant l'apparente sérénité d'Hannah se cache une souffrance aussi grande que celle de Joseph... 

Paddy Considine et Olivia Colman 

L'environnement dépeint par Paddy Considine fait immédiatement froid dans le dos et ferait presque passer certains films de Ken Loach pour d'agréables bluettes. Le réalisateur situe son récit dans un cadre très réaliste sans tomber dans les pièges de l'utilisation abusive de la caméra à l'épaule, préférant savamment composer ses plans qui gagnent en intensité dramatique. Gangréné par l'alcool et par une violence qu'il ne peut réfréner, Joseph est prisonnier de terribles tourments, faisant à plusieurs reprises exploser sa rage avec une effrayante brutalité. Le regard de Peter Mullan où pointe une once de sensibilité réussit à humaniser son personnage dont on peut comprendre la souffrance et la profonde solitude. Mais son parcours est relativement classique et surprend moins que celui de Hannah, magistralement interprétée par la méconnue Olivia Colman. 

Le spectateur prend peu à peu conscience de la détresse affective dans laquelle elle se trouve et son absence totale d'échappatoire. Elle va pourtant le trouver grâce à Joseph. Leur rencontre improbable amène des instants d'une belle humanité où la pudeur et les non-dits apportent une part de mystère aux personnages. La relation de Joseph avec sa femme est simplement évoquée (et fait référence au titre du film) mais on devine dans quel degré d'humiliation et de soumission elle se nourrissait, à l'instar de celle vécue par Anna avec son mari (inquiétant Eddie Marsan). Paddy Considine a réussi à restituer l'enfer conjugal dans une relative sobriété, malgré la dureté de certaines scènes, et ménager un suspense qui prendra fin dans les dernières minutes du récit. Un film éprouvant, parsemé de quelques éclaircies, dont on ressort sonné. 

Antoine Jullien