vendredi 22 janvier 2016

Exposition Martin Scorsese

 
Produite par la Deutsche Kinemathek, l'exposition Martin Scorsese a pris ses quartiers à la Cinémathèque française après son passage à Berlin. 

Un évènement dans la mesure où Martin Scorsese est aujourd'hui le cinéaste vivant le plus célèbré dans le monde et l'inspirateur d'un grand nombre de réalisateurs.

Fer de lance du Nouvel Hollywood, il a débuté sa carrière par des œuvres autobiographiques évoquant ses origines italiennes et sa vie à Little Italy (Mean Streets), puis a poursuivi son exploration new-yorkaise dans divers registres (Taxi Driver, After Hours) avant de devenir le maître du film de mafieux (Les Affranchis, Casino) et un réalisateur bankable (Les Infiltrés, Le Loup de Wall Street). 

Deux acteurs ont durablement marqué sa filmographie. Robert De Niro tout d'abord, son alter égo, qui a trouvé dans les films du cinéaste des performances à sa démesure (Raging Bull) puis Leonardo DiCaprio qui lui a permis d'élargir son public tout en construisant ensemble une collaboration riche et féconde.

Asa Butterfield et Martin Scorsese, Hugo Cabret (Hugo), 2011. Martin Scorsese Collection, New York.

Scorsese, c'est aussi le défricheur de films à travers sa Film Foundation qui restaure des œuvres du patrimoine que l'on croyait perdues à jamais. Un cinéphile passionné, un amoureux transit du cinéma et des cinéastes à qui il consacra deux anthologies (Voyages à travers les cinémas américain et italien). 

Martin Scorsese, c'est surtout un homme incroyablement actif qui, à 73 ans, produit dans le même temps une série sur le monde de la musique avec son camarade Mick Jagger (Vinyl, diffusée prochainement) et tourne son 24ème long métrage, Silence, sur la religion, l'un de ses thèmes obsessionnels. 

Une frénésie à l'image de ses personnages que la Cinémathèque met en lumière à travers une exposition que nous vous proposons de découvrir en compagnie de Matthieu Orléan et du maître en personne.

Antoine Jullien

Exposition Martin Scorsese à la Cinémathèque française jusqu'au 14 février 2016.
Renseignements : www.cinematheque.fr


mercredi 20 janvier 2016

Les Chevaliers Blancs

 
Le réalisateur Joachim Lafosse aime changer de registre. Après le troublant Elève Libre et le névrotique A perdre la raison (déjà adapté d'un fait divers), il s'attaque à une affaire qui avait suscité la controverse, celle de l'Arche de Zoé, une association humanitaire qui voulait illégalement embarquer des enfants orphelins tchadiens pour la France où les attendaient des parents adoptants avant d'être finalement arrêtés par les autorités tchadiennes puis condamnés par la justice française. Ne souhaitant pas rencontrer les principaux protagonistes de l'affaire, le réalisateur s'est éloigné de la vérité judiciaire pour arpenter le terrain de la fiction. En résulte une œuvre qui nous interroge sur notre statut de dominant.

Jacques Arnault (Vincent Lindon), président de l'ONG "Move for Kids", a convaincu des familles françaises en mal d'adoption de financer une opération d'exfiltration d'orphelins d'un pays d'Afrique ravagé par la guerre. Entouré d'une équipe de bénévoles dévoués à sa cause, il a un mois pour trouver 300 enfants en bas âge et les ramener en France.


"L'enfer est pavé de bonnes intentions". Cette maxime colle parfaitement à la démarche de Jacques Arnault. Car pour réussir, il doit persuader ses interlocuteurs africains et les chefs de village qu'il va installer un orphelinat et assurer un avenir sur place à ces jeunes victimes de guerre jusqu'à l'âge de quinze ans. Il dissimule donc aux populations le véritable but de sa démarche. L'homme est persuadé de sauver ces enfants et tous les moyens, mêmes les moins reluisants, semblent à ses yeux justifier ses mensonges. Sa compagne (Louise Bourgoin), réellement convaincue du bien fondé de leur mission, l'épaule tandis qu'une partie du groupe doute de la légalité de l'entreprise au point de partir. Au milieu d'eux, une journaliste (Valérie Donzelli) censée tourner un reportage sur l'association va peu à peu perdre ses repères moraux.

Vincent Lindon

Le film scrute de manière lucide la perversité d'une organisation en ne désignant jamais les "méchants". Joachim Lafosse a préféré privilégier leur humanité, à commencer par Vincent Lindon que l'on aurait presque envie de suivre malgré les nombreuses zones d'ombre du personnage. Son charisme dynamise le film, notamment lors de ses nombreux échanges avec les chefs de village dans lesquels le cinéaste pointe la corruption et révèle surtout une forme de néo-colonialisme. L'argent est alors le meilleur des passe-droits et tout le monde en profite. Jusqu'à ce que l'un des membres "en ait honte".

Joachim Lafosse a repris des éléments clés de l'affaire de l'arche de Zoé pour en tirer un propos plus large sur nos civilisations dominantes. Un malaise palpable grandit tout au long du film à mesure que la tension gagne le cœur du groupe et que les personnages franchissent de plus en plus nettement la ligne rouge. Le réalisateur a également su recréer le climat de peur et de danger qui entoure les membres de l'association, donnant une ampleur inédite à sa mise en scène. En explorant la face obscure de "l'humanitaire", Joachim Lafosse continue d'être un "poil-à-gratter" qui aime déborder des frontières un peu trop balisées du cinéma tricolore.

Antoine Jullien

France / Belgique - 1h52
Réalisation : Joachim Lafosse - Scénario : Joachim Lafosse, Thomas Van Zuylen et Bulle Decarpentries
Avec : Vincent Lindon (Jacques Arnault), Louise Bourgoin (Laura Turine), Valérie Donzelli (Françoise Dubois), Reda Kateb (Xavier Libert). 

Disponible en DVD et Blu-Ray chez Le Pacte

mardi 19 janvier 2016

Paul Verhoeven revient aux affaires

 
On n'avait plus beaucoup de nouvelles du cinéaste Paul Verhoeven jusqu'à l'annonce, au début de l'année dernière, du tournage de son nouveau film, en France et en français, avec Isabelle Huppert en tête d'affiche. Elle, adapté du roman de Philippe Djian Oh, suit Michèle, patronne d'une grande entreprise de jeux vidéo, qui voit un jour débarquer chez elle un homme masqué qui la viole. Elle se met alors à le traquer en retour. 

La bande annonce qui vient d'être dévoilée rappelle un peu l'ambiance du très mauvais Passion de Brian de Palma. Espérons que le réalisateur sulfureux de Basic Instinct ne sombrera pas dans la même ringardise érotique et sera nettement plus inspiré. Outre Isabelle Huppert, il peut compter sur un solide casting d'acteurs frenchies (Laurent Laffite, Virginie Efira, Charles Berling, Anne Consigny). Il faudra patienter jusqu'au 21 septembre (après un passage cannois ?) pour le découvrir dans les salles.

En attendant, Paul Verhoeven sera à l'honneur à la Cinémathèque française lors du festival Toute la Mémoire du Monde, du 3 au 7 février prochain, où il reviendra sur sa riche période américaine.

vendredi 15 janvier 2016

La Grande Séance de janvier

 
Mon Cinématographe a participé à l'émission La Grande Séance sur Séance Radio, animée par Bruno Cras, avec comme invité l'acteur et réalisateur Olivier Lousteau, auteur de La Fille du Patron, un premier long métrage sensible et sincère à défaut d'être très surprenant.

Dans sa chronique, Mon Cinématographe est revenu sur la disparition du directeur de la photographie Vilmos Zsgimond qui a incarné visuellement le Nouvel Hollywood à travers des films aussi importants que Délivrance, Voyage au Bout de l'Enfer, La Porte du Paradis ou Rencontres du Troisième Type qui lui valut son unique Oscar en 1978. 

Le débat de l'émission portait sur l'avalanche de suites programmées en 2016 dans le cinéma français avec des "œuvres" à venir aussi réjouissantes que Les Tuche 2, Les Visiteurs 4 ou encore Camping 3.

Antoine Jullien

Retrouvez l'émission en cliquant sur le lien ci-dessous : 
http://seanceradio.com/reecoute/la-grande-seance-2/la-grande-seance-la-fille-du-patron/

Et les autres Grandes Séances sont à retrouver ICI.

mercredi 6 janvier 2016

Les Huit Salopards


Quentin Tarantino est un grand cinéaste, nul le conteste. Il est parvenu à élever le culture pop au rang d'art suprême et a su mieux que personne se réapproprier les milliers de films ingurgités pour délivrer des œuvres uniques et éminemment personnelles. Django Unchained, son western décomplexé sur l'esclavage, en était la démonstration le plus éclatante. Mais le bonhomme à l'égo très développé ne fait confiance qu'à lui-même. Brillant auteur de ses scripts jusqu'alors, le cinéaste s'est cru une fois encore capable de soulever des montagnes et remettre à nouveau le western en majesté. Mais ces 8 Salopards sent bien l'erreur d'aiguillage, un coup manqué dans sa riche filmographie qui pourrait laisser des traces. 

Le film se déroule quelques années après la fin de la Guerre de Sécession. En plein hiver, une diligence fonce à travers la campagne du Wyoming. A son bord, le chasseur de primes John Ruth (Kurt Russell), se rend dans la petite ville de Red Rock pour livrer à la justice la femme qu'il a capturée, Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh). En chemin, il croise la route du commandant Marquis Warren (Samuel L. Jackson) et Chris Mannix (Walter Goggins). Pris dans une tempête de neige, ils trouvent refuge dans la mercerie de Minnie où les attendent quatre inconnus. 

Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh et Tim Roth
 
Les Huit Salopards est (encore !) découpé en chapitres, une des marques de fabrique du cinéaste, et reprend la même structure en huis-clos que Reservoir Dogs. C'est dire si l'on se trouve en terrain connu. Pourtant, pour la première fois, Tarantino a fait appel à un compositeur de légende pour la bande originale, Monsieur Ennio Morricone, et son humour coutumier est mis cette fois en sourdine. En revanche, les bavardages n'ont jamais autant pullulé que dans ce huitième long métrage. Mais son art du dialogue qui s'était un peu émoussé depuis Pulp Fiction devient ici plombant. La première partie est à ce titre interminable et terriblement statique malgré l'usage du 70 mm anamorphique qui permet à l'image de s'étendre à l'infini. Alors que ce format, inusité depuis des décennies, avait fait la réputation de films à grand spectacle comme Lawrence d'Arabie ou Ben-Hur, Tarantino en a pris le contre-pied en le choisissant pour un décor unique et quasi-théâtral. Une décision curieuse qui séduit au départ, notamment grâce à la belle photographique de son complice Robert Richardson, mais qui trouve rapidement ses limites. 

Samuel L. Jackson

Tarantino est un fou de cinéma, il vénère la pellicule comme personne et sa mise en scène s'en ressent. Sauf qu'il n'a plus grand chose de neuf à raconter si ce n'est de s'autoplagier lui-même. Malgré une deuxième partie plus enlevée, le film ne décolle jamais vraiment, terriblement handicapé par sa longueur (2h47 !) injustifiable. Le cinéaste aurait certainement besoin d'un producteur digne de ce nom qui ose lui dire qu'il se fourvoie en "s'écoutant" filmer de la sorte. Les personnages n'y gagnent rien, certains paraissant même étonnamment sous exploités (Tim Roth et Michael Madsen), et le spectateur, lui, voit le temps s'égrener sans que le plaisir jouissif des Tarantinades ne coule dans ses veines. 

La violence, enfin, complaisante et (trop) attendue, vient achever l'ensemble. Tarantino dépeint des êtres sans foi ni loi, de véritables salopards en effet. Mais, à l'instar de ses protagonistes, la façon dont le réalisateur semble prendre plaisir à s'acharner sur la pauvre Jennifer Jason Leigh nous met quelque peu en colère. Le film devient alors non seulement vain mais assez rebutant. Autant la violence dans Django était cruellement nécessaire, autant elle est cette fois comme le symbole du manque flagrant d'inspiration du cinéaste qui devrait se remettre en question. Il a déclaré récemment qu'il ne réaliserait que dix longs métrages. Plus que deux pour redresser la barre. 

Antoine Jullien

Etats-Unis - 2h47
Réalisation et Scénario : Quentin Tarantino
Avec : Samuel L. Jackson (Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue), Walter Goggins (Chris Mannix).  

Disponible en DVD et Blu-Ray chez M6 Vidéo.