vendredi 25 mars 2011

Premières images du nouveau Polanski


Les premières images de Carnage, le nouveau film de Roman Polanski, viennent d'être dévoilées par le magazine Empire. On y retrouve son prestigieux casting : Kate Winslet, Christoph Waltz, Jodie Foster et John C. Reilly. 

Adapté de la pièce de Yasmina Reza Le dieu du Carnage, le film s'intéresse à deux couples de parents new-yorkais dont l'enfant de l'un deux a frappé l'autre dans un parc public. Les adultes décident de se rencontrer afin de régler le litige. Sauf que plus le temps passe et plus la situation s'envenime... 

L'action du film est en temps réel, soit 1h45 d'enfermement et de tension comme les affectionnent le réalisateur de The Ghost Writer. Le tournage qui a eu lieu dans les studios de Bry-sur-Marne près de Paris vient de s'achever. La sortie est prévue pour le mois d'octobre prochain. On en salive d'avance ! 



mercredi 23 mars 2011

Cinéma du Réel


PALMARES

Les jurys ont rendu leur verdict et ont distingué plusieurs longs métrages de la sélection. Le Grand Prix Cinéma du Réel, qui récompense un film de la Compétition internationale, est revenu à Palazzo delle Aquile. Réalisé par trois italiens, Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore, le film relate l'occupation de dix-huit familles mal logées au siège de la mairie de Palerme. Sans démagogie, les réalisateurs filment ce combat au quotidien avec ses difficultés croissantes à mesure que les stratégies et les points de vue sur une sortie du conflit divergent, les jusqu'au-boutistes se confrontant aux élus préférant le compromis. Un documentaire sur l'engagement dans ce qu'il a de plus noble et de plus concret qui s'achève sur une note amère ne laissant guère de place à l'espoir citoyen. Sans aucun doute l'un des meilleurs films du festival.

Palazzo delle aquile de Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore

Le jury international a également retenu Distinguished Flying Cross de Travis Wilkerson, Prix International de la Scam. Evocation peu inspirée de la guerre du Viet-Nam à travers le récit d'un ancien pilote d'hélicoptère accompagné d'images d'archives des soldats, le film se montre rapidement lassant dans son procédé narratif qui ne brille pas par son originalité.

Distinguished Flying Cross de Travis Wilkerson

Signalons le documentaire Fragments d'une révolution, Mention Spéciale du Jury Jeunes et Prix Louis Marcorelles, qui compile de nombreuses vidéos sur la "révolution verte" iranienne de 2009 vues sur YouTube et DailyMotion. Malgré son dispositif un peu plombant, une iranienne vivant à Paris correspondant avec des habitants de Téhéran, le film se révèle un témoignage percutant du déni de démocratie perpétué par le régime d'Ahmadinejad dont est toujours victime le peuple iranien.

Fragments d'une révolution

Du 5 avril au 4 mai, vous pouvez retrouver une partie des films de la Compétition sur la plateforme Vod d' UniversCiné. Une séance de rattrapage qui vous permettra de vous faire une idée plus précise sur une sélection qui a, malgré quelques réussites, manqué de sujets forts et de propositions de cinéma nouvelles.

Antoine Jullien


Retrouvez le palmarès complet de Cinéma du Réel :
http://www.cinemadureel.org/rubrique773.html

Un printemps en docs ! 50 documentaires à retrouver sur la plateforme Vod d'UniversCiné.
http://www.universcine.com/promotion/printemps-en-docs-2011


PROGRAMME

Le festival Cinéma du réel ouvre ses portes le jeudi 24 mars jusqu'au 5 avril, à Paris. A la pointe du documentaire, la manifestation, devenue incontournable, propose une sélection d'une quarantaine de longs métrages et de courts métrage français et internationaux pour la plupart inédits avec une attention particulière portée sur des films à l'écriture et à l'éthique propres à un genre en pleine expansion. Les projections seront suivies de débats avec les réalisateurs invités. 

Parmi les évènements qui entoureront cette alléchante sélection, on citera la venue du cinéaste roumain Andrei Ujica qui reviendra sur sa trilogie réalisée autour de la fin du régime communiste ainsi que Gianfroco Rosi, un habitué du festival, qui présentera ses trois films Boatman (1993), Below Sea Level (2008) et El Sicario (2010) et évoquera son travail passé, présent et à venir lors d'un atelier exceptionnel. 

Le festival proposera également des cycles autour du documentaire poétique à travers les films de Pierre Clementi et Ken Brown et du documentaire engagé avec des figures telles que Cartier Bresson, Paul Strand, Sidney Meyers... 

Cinéma du réel explora aussi l'évolution des instruments de prises de vues et son influence sur la pratique documentaire, le lien entre musique et documentaire avec Ecoute voir ! Hors scène et présentera une installation de "L'héritage de la Chouette", composition filmique signée Chris Marker. 

Les films seront visibles dans plusieurs lieux de la capitale : le Centre Pompidou, Le centre Wallonie-Bruxelles, le cinéma MK2 Beaubourg et plusieurs salles de la région Ile-de-France. 

Mon Cinématographe couvre l'évènement et reviendra plus en détail sur les films présentés. 

Festival Cinéma du Réel - 24 mars au 5 avril 2011
Accueil et Renseignements : Centre Pompidou, Place Georges Pompidou - 75004 Paris. 
Tel : 01.44.78.45.16. ou www.cinemadureel.org

Exposition Stanley Kubrick



"La meilleure formation en matière de films est d'en faire un" selon Stanley Kubrick. Le génial cinéaste en a réalisé treize qui font partie d'une des oeuvres les plus importantes du XXème siècle. Un artiste démiurge, impressionnant, intimidant auquel la Cinémathèque française, onze ans après sa mort,  consacre une exposition exceptionnelle ¹ occupant deux niveaux du bâtiment, soit près de 1000 m² (une première !). Créée en 2004 par le Deutsches Filmmuseum de Francfort en étroite collaboration avec Christiane Kubrick, l'épouse du cinéaste, et Jan Harlan, son beau-frère et producteur exécutif de tous ses films à partir de Barry Lyndon, l'exposition est déjà passée par plusieurs grandes villes : Berlin, Melbourne, Gand, Zurich et Rome avant de s'installer à Paris jusqu'au 31 juillet.

Installation de Lolita 
© Deutsches Filminstitut, Frankfurt.

Conçu film par film, le parcours propose un voyage au coeur de la création du Maître. A travers de nombreux documents, plans de tournage, scénarios annotés, recherches préparatoires, dessins, l'obsession du détail chère au cinéaste éclate au grand jour. Le fichier de Napoleon en est l'un des exemples les plus frappants, Kubrick ayant répertorié chaque biographie de personnage par couleur soigneusement choisie. Dans l'une des interviews accordée à Michel Ciment que l'on peut savourer (l'un des rares journalistes qui a pu rencontré Kubrick, auteur d'un ouvrage de référence ²), il se disait, à propos de Barry Lyndon, passionné par la recherche documentaire où il se sentait l'âme d'un détective, épuisant tous les ouvrages possibles sur le sujet afin d'en connaître les moindres contours. Sa collaboration avec les physiciens de la NASA et l'auteur Arthur C. Clarke sur la préparation de 2001: l'odyssée de l'espace témoignent de ce perfectionnisme tout comme son souci du progrès technologique qu'il n'a eu de cesse de développer. Les effets spéciaux novateurs de 2001 (qui lui vaudront son unique Oscar !) ainsi que l'utilisation de l'objectif grande vitesse Zeiss pour le tournage à la bougie de Barry Lyndon ont marqué des étapes clefs dans l'histoire des techniques cinématographiques.

Korova milk bar. Décor d'Orange mécanique recréé pour l'exposition. 
Photo: Uwe Dettmar /© Deutsches Filminstitut, Frankfurt.

L'exposition présente des objets pour la première fois montrés au public : la hache meurtrière de Jack Nicholson, la machine à écrire et le costume des jumelles dans Shining, la tenue du Droogs d'Orange Mécanique, les costumes du XVIIIème siècle de Barry Lyndon où le crâne du singe de 2001. Deux maquettes de décor retiennent particulièrement l'attention, celle de la salle de contrôle de Docteur Folamour imaginée par Ken Adam et le labyrinthe en mousse de Shining. 


Maquette en mousse du labyrinthe de Shining / Reconstruction : Daniel Simmer 
© Deutsches Filminstitut, Frankfurt

L'ampleur de l'oeuvre kubrickienne prend corps au fur et à mesure de notre déambulation. Les images inoubliables de ses films hantent et fascinent, et les extraits minutieusement choisis nous rappellent la cohérence d'une filmographie d'exception où tous les genres ont été abordés afin de les révolutionner de fond en comble. Kubrick disait lui-même : "Il m'est impossible de vous dire ce que je vais faire si ce n'est que je pense faire le meilleur film jamais réalisé". Mais l'exposition nous rappelle également l'incompréhension, voire le rejet que ses films ont suscité à leur sortie. On lit, effaré, les diatribes d'Henri Chapier qui qualifiait, en 1962, Lolita d'"'hypocrite contre-façon de Nabokov" avant de qualifier quelques années plus tard Orange Mécanique de "film génial". Victime de la censure à cause du son caractère antimilitariste, Les Sentiers de la gloire, violente dénonciation de l'attitude des généraux français durant la première guerre mondiale, vaudra au long métrage d'être interdit en France jusqu'en 1975.

Clap de Eyes Wide Shut 
© Deutsches Filminstitut, Frankfurt.

Mais c'est le visage de Kubrick qui se voit soudain transfiguré. Lui, le grand créateur dictatorial et reclus que les médias ont dépeint durant toute sa vie nous apparaît avec une touchante simplicité. Les aquarelles de Christiane Kubrick le dessinant paisiblement dans sa propriété londonienne mais surtout les images de tournage, jusqu'à présentes inédites, de Full Métal Jacket ainsi que certains clichés du tournage d'Eyes Wide Shut nous révèlent un homme  d'une espièglerie et d'une sagesse étonnantes, entouré d'une équipe réduite alors que ses tournages représentaient des entreprises monumentales.

Tom Cruise, Nicole Kidman et Stanley Kubrick sur le tournage de Eyes Wide Shut 
(Eyes Wide Shut, GB/USA 1999) Photo: Manuel Harlan/ © Warner Bros.Entertainment Inc.

Outre ses longs métrages, un espace est dédié aux projets qui n'ont pas pu voir le jour dont le fameux Napoléon annulé quelques semaines avant le début du tournage ou le film de science-fiction A.I. - Intelligence Artificielle dont Kubrick confiera la réalisation à Steven Spielberg. On peut découvrir également les premiers clichés du cinéaste alors qu'il était photographe pour le magazine américain Look et qui montrent déjà sa science du cadrage et des perspectives, le magasinier pleurant la mort du président Roosevelt interpelle encore par sa puissance et sa simplicité. Enfin, une très instructive salle musicale permet de mieux comprendre l'importance de la musique dans l'oeuvre kubrickienne et la pertinence de ses choix où l'utilisation avant-gardiste du classique côtoie la pop et les standards jazzie.

Stanley Kubrick sur le tournage de 2001: L’Odyssée de l’espace 
(2001: A Space Odyssey, GB/USA 1965-68) © The Stanley Kubrick Archive.

"En tant que metteur en scène et producteur, Kubrick a créé des mondes d'images qui, jusqu'à ce jour, exercent une fascination sans faille et continuent d'inspirer et de déranger le spectateur". Le commissaire de l'exposition, Hans-Peter Reichmann, résume bien l'importance de Stanley Kubrick aujourd'hui. Il est l'un des réalisateurs le plus commentés et sans doute le plus proche des jeunes générations curieuses de découvrir un cinéaste qui a su accomplir une oeuvre exigeante et populaire, traversant les décennies sans rien perdre de son génie visionnaire. Pour l'éternité. 

Antoine Jullien


¹ Un audioguide avec la voix de Marisa Berenson en français et Malcom McDowell en anglais parcourt l'exposition ainsi que des images du documentaire de Jan Harlan Stanley Kubrick : une vie en images
² Kubrick de Michel Ciment - Editions Calmann-Levy (Réédition incluant une préface de Martin Scorsese).  


Filmographie

1953 : Fear and Desire 
1955 : Le baiser du tueur (Killer's kiss)
1956 : L'ultime razzia (The Killing)
1957 : Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory)
1960 : Spartacus
1962 : Lolita
1964 : Docteur Folamour (Dr Strangelove)
1968 : 2001 : l'odyssée de l'espace (2001 : a space odyssey)
1971 : Orange Mécanique (A Clockwork Orange)
1975 : Barry Lyndon
1980 : Shining (The Shining)
1987 : Full Metal Jacket
1999 : Eyes Wide Shut


Exposition Stanley Kubrick à la Cinémathèque française du 23 mars au 31 juillet. 
Rétrospective de ses films du 23 mars au 18 avril avec des conférences et des tables rondes. 
Cycle Autour de Stanley Kubrick du 20 avril au 2 mai. 
Coffret Stanley Kubrick réunissant pour la première fois l'intégralité de sa filmographie en DVD ainsi que le livre référence Stanley Kubrick Archives édité par Taschen (544 pages). 
Renseignements : 01.71.19.33.33 ou www.cinematheque.fr




mercredi 16 mars 2011

Le Documentaire animé au Forum des Images

Le Forum des Images propose du 18 au 20 mars un panorama du documentaire animé. En 2008, Valse avec Bachir avait révélé au grand public l'étendue d'un genre qui a pris son véritable essor au début des années 80.  

Un week-end de projections et de rencontres comprenant une quarantaine de courts métrages marquants de ces trente dernières années et des réalisations récentes comme Madagascar, carnet de voyages de Bastien Dubois, sélectionné aux Oscars, ou encore Hubert, l'homme aux bonbons de Marie Paccou.

L'émergence de longs métrages documentaires animés sera également à l'honneur avec l'avant-première de Pequenas Voces de Jairo Carrillo et Oscar Andrade le vendredi 18 mars à 21h, le "work in progress" de Approved for adoption de Jung et Laurent Boileau, adapté de la BD "couleur de peau : miel" le samedi 19 mars à 18h30, et la projection de Valse avec Bachir d'Ari Folman le dimanche 20 mars à 14h.

Pequenas Voces

Cette programmation s'accompagnera d'une table ronde "Documentaire animé ou animation du réel - Où s'arrête et où commence le documentaire animé ?" et de la présence de nombreux invités (Theodore Ushev, Jean-Gabriel Périot, Chloé Mazio, Luis Briceno...)

Une bonne occasion de se plonger dans un genre encore trop méconnu. 

Documentaire animé : vrai ou faux ? du 18 au 20 mars au Forum des Images, Porte St Eustache à Paris. 
Renseignements : 01.44.76.63.00 ou www.forumdesimages.fr

Ma part du gâteau


"J'avais l'impression qu'il fallait dénoncer quelque chose de notre époque, qu'il fallait réagir, et vite, sur la situation sociale actuelle". Cédric Klapisch a manifestement grandi. Fini les flâneries post-adolescentes et les contes naïfs, place au réalisme des petites gens victimes des rois de la finance. Ma part du gâteau raconte la rencontre improbable entre un trader et une ouvrière tout juste licenciée de l'usine Sifranor . Elle va devenir sa femme de ménage puis sa bonne à tout faire. Mais elle ne se doute pas encore que son patron est le principal responsable de la fermeture de l'usine. 

Les références de Klapisch sont criantes : Capra pour le mélange du social et de la comédie et Ken Loah pour la fibre militante. Mais le réalisateur du Péril Jeune ne boxe dans aucune de ces catégories. Il s'est, dit-il, beaucoup documenté afin de décrire le mieux possible le monde obscur et suspect de la grande finance. Il l'a surtout établi seul, sans partenaire qui lui aurait apporté le recul nécessaire et ainsi l'empêcher d'aller dans la mauvaise direction. Le réalisateur, sûr de son talent,  enchaîne les clichés à la pelle avec une belle assurance. Tant dans le monde des ouvriers que dans celui des traders, il n'apporte la moindre subtilité. D'une paresse scénaristique édifiante, l'intrigue, dont la pauvreté des dialogues le dispute à la banalité des situations, manque totalement de nuances. En donnant à Karin Viard et Gilles Lellouche des rôles (trop ?) taillés sur mesure, il pensait sans doute amener plus de crédibilité à ses personnages. Mais quand on ne peut pas jouer autre chose que ce qui est écrit, on tombe dans la facilité. Et à part appuyer une énième fois sur la gouaille de l'une et la goujaterie de l'autre, Klapisch n'a malheureusement aucun grain à moudre. 

Karin Viard et Gilles Lellouche

"Ce film est une tentative de divertissement sans pour autant "regarder ailleurs", et de dire qu'il n'y a pas que le documentaire qui nous pousse à regarder le monde dans lequel on vit". La vision du film vient durement contredire les propos du cinéaste. Car le documentaire, s'il est de qualité, ressasse autre chose que des clichés, tente de rendre moins manichéen des hommes et des femmes coupables et victimes de l'injustice sociale. Mais en condamnant bêtement ses deux protagonistes dans des archétypes aussi éculés (le très méchant trader contre la pauvre victime ouvrière), Klapisch déshonore du coup la fiction. 

Toutefois, quand le film devient un huis-clos entre les deux personnages, un vague intérêt renaît amplifié par l'apparition du fils de Gilles Lellouche. Le rapport de classes semble alors se renverser mais une dernière partie londonienne vient définitivement éteindre nos illusions. Soudain, Klapisch se souvient qu'il réalise un "anti-Pretty Woman" et lâche les amarres de la bonne conscience. Le très très très méchant trader devient encore plus une crapule et la victime ne sortira pas de son rôle de martyr. Ma part du gâteau est un faux film engagé, en réalité construit sur un formatage télévisuel où la liberté du réalisateur est anesthésiée. Après Paris qui montrait déjà des signes inquiétants, Klapisch s'enfonce davantage. S'il vous plaît, vous n'auriez pas les coordonnées d'un bon scénariste ?

Antoine Jullien



DVD et Blu-Ray disponibles chez StudioCanal Vidéo.