mardi 14 janvier 2014

La revanche de La Grande Bellezza


Au lendemain de la cérémonie des Golden Globes, la majorité des commentaires s'est concentrée sur l'absence de La Vie d'Adèle pour le prix du meilleur film en langue étrangère. Malgré sa Palme d'or et ses probables futurs Césars, le film de Kechiche ne semble pas se contenter de tous ses prix. Et pourtant, il va devoir dorénavant composer avec un adversaire de poids : La Grande Bellezza * de Paolo Sorrentino, auréolé dimanche soir à Los Angeles. Injustement reparti bredouille du dernier festival de Cannes, snobé par une partie de la critique, le long métrage est en passe de prendre sa revanche, ô combien méritée. 

Le film de Sorrentino reste en effet l'un des grands moments cinématographiques de 2013. Le cinéaste italien avait déjà marqué de son empreinte des films comme Il Divo ou This must be the place, avec des réussites diverses. Dans ce magnifique hommage à sa ville, Rome, et à l'un de ses cinéastes de chevet, Fellini, Sorrentino a atteint le sommet de son art, auteur d'une oeuvre baroque et décadente où le sublime le dispute au grotesque. Le cinéaste nous brosse le portrait de Jep, un journaliste mondain revenu de tout, brillamment incarné par Toni Servillo. Ce personnage désabusé et attachant déambule au petit matin dans les rues de Rome, après des soirées endiablées, nous narrant en voix-off sa perception des êtres et du monde étrange qui l'entourent. 

Toni Servillo

Magnifié par une bande originale qui alterne musique classique et techno, électrisé par une mise en scène d'une inventivité sidérante (le première séquence est à ce titre éblouissante), et porté par un scénario d'une grande qualité d'écriture, La grande Bellezza dresse un regard lucide sur nôtre époque en général et sur l'Italie en particulier. On sent toute l'affection de Sorrentino pour le pays de Michel Ange, fascinant par les chefs d'oeuvre qu'il a nous a légué et terrifiant par la vulgarité qui semble à présent l'envahir. Le film est en permanence entre ces deux eaux, passant d'une rive à l'autre, d'une soirée bling bling sur les toits de la ville à une imprévisible visite dans un sanctuaire la nuit tombée. 

Déroutant, original, d'une beauté parfois insoupçonnée, La Grande Bellezza recèle quantité de trésors qu'il serait regrettable de ne pas découvrir et admirer. Reste maintenant à Sorrentino de remporter son premier Oscar, et c'est bien là tout le mal qu'on lui souhaite ! 

Antoine Jullien 



* Le film est disponible en Blu-Ray et DVD chez Pathé Vidéo. 

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