jeudi 18 juin 2015

Mustang



La Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes a décidément frapper fort cette année en exposant Much Loved, un film cru et nécessaire sur la prostitution au Maroc, actuellement victime d'une odieuse campagne de dénigrement dans son pays (le film sortira en France en septembre) et la révélation Mustang, premier long métrage de Deniz Gamze Ergüven. La prometteuse cinéaste signe une oeuvre dense, sensible, à l'énergie enivrante, sur la dure condition des femmes en Turquie.

L'action se déroule dans un petit village turc, au bord de la Mer Noire. En rentrant de l'école, des jeunes filles s'amusent avec des garçons sur la plage. Ces jeux insouciants vont provoquer la colère de la famille qui va décider de claquemurer les adolescentes dans leur maison devenue progressivement une prison. Les cours de pratiques ménagères remplacent l'école et les mariages commencent à s'arranger.


Le Mustang est dixit la réalisatrice, "un cheval sauvage qui symbolise parfaitement mes cinq héroïnes, leur tempérament indomptable, fougueux." Il est en effet l'incarnation de l'irrésistible vent de liberté qui souffle sur le film et ses personnages. La réalisatrice dénonce très clairement une société archaïque et rétrograde où la place de la femme semble définitivement se cantonner à la maison, en totale servitude, obligée de porter des robes "couleur de merde". Il est évidemment choquant de voir ces gamines, âgées d'à peine 16 ans, mariées contre leur gré. La cinéaste prend son sujet à bras-le-corps, allant jusqu'à démontrer l'absurdité de la situation lorsque l'un des couples fraichement mariés doit absolument prouver à la famille que la promise n'est plus vierge.


Tout ceci se déroule aujourd'hui dans une société qui préfère déscolariser les filles plutôt que de les éduquer et dont le regard qui est posé sur elles est insidieusement perverti par les hommes devenus bourreaux, avec la complicité des femmes qui se doivent de respecter les traditions. On pense bien sûr au Virgin Suicides de Sofia Coppola, autre histoire d'oppression dans l'Amérique des années 70. Mais le film se plaçait du point de vue des garçons alors que dans Mustang, nous sommes profondément attachés à ces cinq soeurs, et plus particulièrement à la dernière, la véritable héroïne qui ne veut pas finir comme les autres et qui va tout faire pour s'évader.

Deniz Gamze Ergüven aime les contrastes, en opposant intelligemment la caractère sordide de cette histoire à la clarté et à la beauté du lieu. Elle filme une sorte de prison apaisante mais n'hésite pas à aérer son récit en filmant une escapade lors d'un match de football, aussi joyeuse que cocasse. Malgré la dureté de certaines scènes, on est peu à peu envahi par cette atmosphère solaire et étonnamment sereine, amplifiée par la très belle musique de Warren Ellis (membre du groupe Nick Cave). Comme si la réalisatrice était persuadée que le génération qui l'a suivie, plus déterminée et moins soumise, saurait repousser les frontières de l'obscurantisme grâce à son insatiable soif d'émancipation. Ce message et la manière éclatante avec laquelle il est porté nous emporte et nous procure un bien fou.

Antoine Jullien

France / Turquie - 1h34
Réalisation : Deniz Gamze Ergüven - Scénario : Deniz Gamze Ergüven et Alice Winocour
Avec : Günes Nezihe Sensoy (Lale), Doga Zeynep Doguslu (Nur), Tugba Sunguroglu (Selma). 

Disponible en DVD chez Ad Vitam

vendredi 12 juin 2015

Comme un avion


Comme un avion, le nouveau film de Bruno Poladydès, sort à une période particulièrement propice. L'été arrive, il fait chaud, l'air devient moite, le temps semble un peu au ralenti, quoi de mieux que d'aller flâner dans l'univers délicieusement intemporel du réalisateur de Dieu Seul me voit et Adieu Berthe. En racontant la parenthèse (dés)enchantée d'un quinquagénaire qui part vers des flots plus apaisants, le cinéaste interroge notre besoin impérieux d'évasion, avec une sensibilité et une drôlerie qui font mouche.

Le réalisateur interprète Michel, un infographiste passionné par l'aéropostale qui commande un jour un kayak en kit, lui rappelant le fuselage d'un avion. Il commence par s'entraîner au pagaiement, seul sur le toit de son immeuble, avant que sa femme ne le pousse à accomplir une traversée. Le voici alors embarqué sur les eaux d'une jolie rivière. Lors de sa première escale, il découvre une guinguette située le long de la rive. Il décide de s'y arrêter et installe sa tente pour une nuit. Mais l'endroit lui procure un tel réconfort qu'il a beaucoup de mal à le quitter.

Bruno Podalydès

Ce résumé pourrait laisser penser que Podalydès tombe dans un passéisme primaire alors que c'est tout le contraire. Il confronte la réalité d'une société hyperconnectée qui a fini par nous rendre prisonniers à une échappée bucolique vécue comme un temps de ressourcement passager. Le cinéaste s'amuse de ce décalage, à voir les séquences ou Michel, resté dans la guinguette, fait croire à sa femme qu'il continue de naviguer, lui postant des photos sur son téléphone alors que l'appareil indique qu'il n'a pas bougé. Même quand on veut fuir le réel, il nous rattrape sans cesse. 

Sandrine Kiberlain et Bruno Podalydès

L'acteur-réalisateur, jusque là au second plan, laissant la part belle à son frère Denis, s'est donné pour la première fois le rôle titre et il a bien fait. Lunaire, doux rêveur et maladroit, il est le personnage idéal pour une flânerie existentielle et poétique. Sa passion de l'aviation et de Jean Mermoz et son attachement à l'enfance (il demeure un grand lecteur des Castors Juniors !) nous touchent autant qu'il nous amuse lors de séquences incongrues et burlesques, comme lorsque son kayak bifurque dans la mauvaise direction et se retrouve coincé en lisière d'un supermarché. Il est aussi très bien entouré, du tandem farfelu Michel Vuillermoz/Jean-Noël Brouté aux femmes qui partageront son expédition, d'Agnès Jaoui, la patronne de la guinguette, que l'on pas aussi bien filmée depuis longtemps et avec laquelle il met en place de malicieux jeux de piste, à Vimala Pons, celle qui pleure quand il pleut en passant par Sandrine Kiberlain, l'épouse encore amoureuse, qui tente d'injecter un brin de folie à son couple.

Bruno Podalydès réussit une prouesse car il s'agit d'un film sans but et direction précises, au gré du courant. Pourtant, on a aucune envie de quitter cette rivière, les personnages qui la peuplent, son atmosphère grisante, ses moments impromptus de danse endiablée. A la manière dont Michel retarde toujours son départ, on pense à Un Jour sans Fin, sauf que cette fois c'est lui qui ne veut pas partir. Avant finalement de retrouver sa femme dans une magnifique séquence, enveloppée par la voie rocailleuse d'Alain Bashung, l'une des plus belles scènes de retrouvailles qu'on ait vu depuis longtemps. Et qui dit tout de la personnalité de ce cinéaste décidément inclassable.

Antoine Jullien

France - 1h45
Réalisation et Scénario : Bruno Podalydès 
Avec : Bruno Podalydès (Michel), Agnès Jaoui (Laëtitia), Sandrine Kiberlain (Rachel), Vimala Pons (Mila), Michel Vuillermoz (Christophe).



Disponible en DVD et Blu-Ray chez UGC

mardi 9 juin 2015

Le 4ème Champs-Elysées Film Festival


Le Champs-Elysées Film Festival, dédié au cinéma français et américain et qui se déroule dans plusieurs cinémas de la plus belle avenue du monde, fête sa 4ème édition présidée cette année par l'acteur britannique Jeremy Irons (voir interview) et la comédienne Emilie Dequenne (voir interview).

Une compétition de 8 longs métrages indépendants américains et de 22 courts-métrages venant des deux pays se disputeront le Prix du Public alors que de nombreuses avant-premières seront proposées dont plusieurs titres du dernier festival de Cannes : Valley of Love de Guillaume Nicloux (voir vidéo), Fatima de Philippe Faucon, Asphalte de Samuel Benchetrit. 

Le festival propose également de se replonger dans l'histoire de cinéma à l'occasion de la reprise de plusieurs classiques en version restaurée : Citizen Kane d'Orson Welles, Les Blues Brothers de John Landis, La Prisonnière du désert de John Ford, Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard ou encore Un Cœur en Hiver de Claude Sautet.  

Jeremy Irons, président du 4ème Champs-Elysées Film Festival

Jeremy Irons viendra donner une Master Class de même que le réalisateur Alan Parker (voir interview) qui n'a plus tourné depuis 2003 et qui évoquera les films importants de sa carrière que les spectateurs pourront (re)découvrir,  de Midnight Express à Bugsy Malone en passant par Shoot the Moon. 

Autre invité d'honneur, William Friedkin (voir interview), le cinéaste de L'Exorciste et French Connection, qui viendra présenter une version remasterisée de son Sorcerer, remake du Salaire de la Peur

Mon Cinématographe couvre l'évènement, on en reparle très prochainement. 

Champs-Elysées Film Festival du 10 au 16 juin.
Renseignements : http://www.champselyseesfilmfestival.com/2015/fr/

lundi 8 juin 2015

Mon Cinématographe au Marché du Film de Cannes


A l'occasion du 68ème Festival de Cannes, Mon Cinématographe a parcouru les allées du Marché du Film, le plus important au monde, en allant à la rencontre de la société de production California Pictures. 

Steven Istock, son président, et Justin Finney nous expliquent l'importance de ce Marché devenu incontournable. 


vendredi 5 juin 2015

Mon Cinématographe dans La Grande Séance de juin


Mon Cinématographe a participé à l'émission La Grande Séance sur Séance Radio qui a comme invitée l'actrice Emmanuelle Bercot, Prix d'interprétation du dernier festival de Cannes pour Mon Roi de Maïwenn (voir notre chronique cannoise), et réalisatrice de La Tête Haute, présenté en Ouverture du festival, un drame intense et remarquablement interprété sur un jeune en difficulté. Le film connaît un beau succès en salles (voir la vidéo). 

Mon Cinématographe a lancé un boycott contre l'overdose de remakes américains de classiques des années 80-90, à l'occasion de la sortie de Jurassic World le 10 juin. Et le débat de l'émission portait sur le fait que les Palmes d'Or ne seraient aujourd'hui plus grand public. Un air de "c'était mieux avant" auquel nous avons apporté quelques nuances.

Bonne écoute !

Antoine Jullien