vendredi 2 octobre 2026
Festival Lumière 2026 : les frères Coen et le grand cinéma en héritage
jeudi 1 octobre 2026
Lanterne Magique Episodes 7 et 8
Au programme de l'épisode 7 : le cinéaste Nicolas Saada qui vient nous parler du deuxième tome de ses Questions de cinéma où il nous fait revivre ses rencontres avec des réalisateurs (David Lynch, Abel Ferrara, John Carpenter) et compositeurs prestigieux (Ennio Morricone, Maurice Jarre), mais aussi des techniciens de l'ombre comme Douglas Trumbull, Sophie Maintigneux et Walter Murch.
A l'occasion de la ressortie en salles de New York 1997 qui fête son 45ème anniversaire, retour sur l'oeuvre visionnaire de John Carpenter.
Le chef d'oeuvre de Sergei Eisenstein, Le cuirassé Potemkine, de nouveau en salles, est aussi à l'honneur sans oublier l'édition DVD Blu-Ray de Entre le ciel et l'enfer d'Akira Kurosawa chez Carlotta et l'exposition Marilyn Monroe à la Cinémathèque française.
dimanche 21 juin 2026
Lanterne Magique Episode 6
Pour ce sixième épisode de Lanterne Magique, nous recevons Jean-Baptiste Thoret à l'occasion de la réédition du livre Road Movie USA chez Magnani, co-écrit avec Bernard Bénoliel.
Nous parcourons en sa compagnie les grands espaces du cinéma américain, les mythologies du road movie, l'oeuvre essentielle de Robert Altman et l'importance de ce qu'on appelle toujours Le Nouvel Hollywood.
La conversation s'aventure aussi du côté de la critique de cinéma : quelle place occupe-t-elle aujourd'hui ? Peut-on encore défendre une parole singulière dans un paysage saturé d'images et de commentaires ?
Un échange érudit, passionné, parfois tranchant, toujours stimulant.
Au programme également :
Le retour sur l'échec cuisant de Dune de David Lynch à l'occasion de sa ressortie en salles le 13 mai.
L'homme qui voulut être roi de John Huston, de retour en salles le 27 mai.
La sélection de Cannes Classics et la place du cinéma américain dans l'histoire du festival de Cannes.
Et une discussion passionnée et parfois critique autour de l'oeuvre de Billy Wilder à l'occasion de l'édition DVD Blu-ray de Stalag 17 chez Rimini.
Un épisode animé par Antoine Jullien et Sylvain Lefort, à retrouver sur toutes les plateformes de podcast.
lundi 15 juin 2026
Lanterne Magique Episode 5
Pour ce cinquième épisode de Lanterne Magique, nous recevons Anne-Laure Brénéol, confondatrice de Malavida Films, à l'occasion de la redécouverte en salles de l'oeuvre d'Anja Breien, cinéaste norvégienne majeure mais encore trop peu connue, dont les films sont à découvrir d'urgence.
Au programme également : l'histoire de l'iconoclaste M*A*S*H* de Robert Altman à l'occasion de la rétrospective Robert Altman à la Cinémathèque française.
La rétrospective intégrale Pedro Almodovar au Centre Pompidou, "Les mauvais coups" de François Leterrier édité en DVD Blu-Ray chez Pathé.
En fin d'émission, Vincent Paul-Boncour, fondateur de Carlotta Films, évoque avec nous la sortie de deux giallos italiens des années 70 : La tarentule au ventre noir et Torso.
Sans oublier notre coup de coeur à Topsy-Turvy de Mike Leigh, de retour en salles.
Un épisode entre films méconnus, oeuvres cultes et redécouvertes, animé par Antoine Jullien et Sylvain Lefort à retrouver sur toutes les plateformes de podcast.
vendredi 17 avril 2026
Lanterne Magique Episode 4
Pour ce quatrième épisode de Lanterne Magique, nous recevons Jean-Pierre Lavoignat, journaliste et cofondateur de Studio Magazine.
A l'occasion de la rétrospective Romy Schneider à l'Institut Lumière et la ressortie en salles de neuf longs métrages de Claude Sautet, il revient avec nous sur l'un des duos les plus marquants du cinéma français.
Au programme également :
La fabrication mouvementée de "La dame de Shanghaï" d'Orson Welles.
La ressortie de "The Grandmaster" de Wong Kar-wai en version inédite.
La redécouverte en DVD/Blu-ray de "Poussière d'ange" d'Edouard Niermans, édité par Studio Canal dans la collection "Nos années 80".
Et le coup de coeur à "L'échelle de Jacob" d'Adrian Lyne.
Un podcast animé par Antoine Jullien et Sylvain Lefort, disponible sur toutes les plateformes de podcast.
samedi 28 mars 2026
Lanterne Magique Episode 3
Dans ce troisième épisode de Lanterne Magique, nous recevons le critique et journaliste Thierry Jousse, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, à l'occasion du centenaire de la naissance de Youssef Chahine.
Avec lui, nous évoquons l'oeuvre du cinéaste égyptien, son héritage, mais aussi la musique de film, un territoire que Thierry Jousse explore depuis longtemps et dont il est l'un des spécialistes les plus érudits.
Au programme également : la naissance d'un classique "Le silence des agneaux" de Jonathan Demme à l'occasion de son 35ème anniversaire, célébré par une nouvelle édition UHD 4K Blu-ray chez ESC Editions.
En salles : "Nouvelle Vague" de Richard Linklater, récompensé 4 fois aux derniers Césars, l'inédit "Les filles" de Sumitra Peries (Carlotta films) et la suite de la rétrospective Werner Herzog (Potemkine).
En DVD/Blu-ray, Sylvain revient sur le sulfureux film de Louis Malle, "La petite", édité chez Sidonis Calista.
Sans oublier nos deux coups de coeur au magnifique "Stand by-me" de Rob Reiner qui fête son 40ème anniversaire (Splendor films) et au livre iconoclaste de Jean-Pierre Zarader, "Clint Eastwood, caméra philosophique" édité chez Klinksieck.
Un podcast animé par Antoine Jullien et Sylvain Lefort, disponible sur toutes les plateformes de podcast.
dimanche 15 février 2026
Lanterne Magique, épisode 2
Dans le deuxième épisode de Lanterne Magique, nous explorons un moment charnière de l'histoire du cinéma : celui où les grands studios vacillent pendant que les éditeurs et les cinémathèques défendent la mémoire des films.
Nous recevons Vincent Paul-Boncour, co-fondateur de Carlotta Films, éditeur incontournable du cinéma de patrimoine, pour une longue et riche interview autour de l'actualité de Carlotta, sa ligne éditoriale et les grands moments à venir de l'année 2026.
Nous revenons sur l'histoire foisonnante du mythique studio Warner Bros au moment où il est en passe d'être racheté par Netflix.
Côte sorties DVD Blu-Ray, nous évoquons le beau coffret "Claude Chabrol, première vague" (Tamasa), "Si Versailles m'était conté" de Sacha Guitry (Rimini Editions) et l'étrange "Alice" de Jan Svankmajer (Malavida/Potemkine).
Sylvain donne un coup de projecteur sur une cinéaste méconnue, Marta Meszaros, à qui la Cinémathèque française consacre une rétrospective.
Et nous terminons par nos deux coups de coeur : le passionnant livre de Bernard Stora "Dans le Cercle Rouge" édité chez Denoël et la grande exposition Orson Welles à la cinémathèque.
Un podcast animé par Antoine Jullien et Sylvain Lefort, disponible sur toutes les plateformes de podcast.
samedi 6 décembre 2025
Lanterne magique, le nouveau podcast sur le cinéma classique
Lanterne Magique, c'est le nouveau podcast dédié au cinéma classique et de patrimoine !
Chaque mois, Antoine Jullien et Sylvain Lefort évoquent, discutent, débattent des films du passé qui alimentent sans cesse notre présent.
Et pour ce premier numéro, nous parlons d'un mythe, et quel mythe : Brigitte Bardot !
Une légende souvent controversée sur laquelle tout ou presque a été dit, sondé, décortiqué.
Et pourtant, un nouveau documentaire intitulé sobrement Bardot, en salles le 3 décembre, tente de nous apporter un nouvel éclairage sur l'une, et peut-être la plus grande star du 20ème siècle.
Et pour en parler, nous recevons la co-réalisatrice du documentaire, Elora Thévenet.
Dans le reste du programme, Sylvain Lefort revient sur la longue et immense carrière de Michel Piccoli à l'occasion du centenaire de sa naissance, Antoine Jullien évoque la genèse contrariée de Coup de coeur de Francis Ford Coppola qui est à l'honneur grâce à une rétrospective de 7 de ses films, en salles depuis le 19 novembre.
Enfin, 2 coups de coeur à ne pas manquer : le deuxième volet de la BD Les guerres de Lucas sur la production de L'empire contre-attaque, et le livre Rod Steiger : briller dans l'ombre édité chez Carlotta.
Lanterne Magique, disponible sur toutes les plateformes de podcast.
mardi 30 septembre 2025
La Dame de Shanghai, le diamant noir d'Orson Welles
En 1946, lorsque débute la production du film, Orson Welles est déjà une légende du 7ème art.
Citizen Kane, son premier long métrage qu’il tourne à seulement 25 ans, révolutionne la grammaire cinématographique. S’inspirant de la vie du magnat de la presse Randolph Heart, Welles subit une importante campagne de dénigrement orchestrée par le très puissant magnat outragé. Même si le film est reconnu par la critique, il n’obtient pas le succès escompté.
Il perd sa liberté créative lors de son film suivant, La Splendeur des Amberson, qui est remonté derrière son dos. Dès lors, Welles, le génie précoce, devient assez vite le cinéaste maudit brimé par les studios, l’artiste capricieux et exigeant qu’Hollywood finira par chasser sans état d’âme.
Jean Cocteau décrivait ainsi la personnalité du cinéaste : « Orson Welles est une manière de géant au regard enfantin, un arbre bourré d’oiseaux et d’ombres, un chien qui a cassé sa chaîne et se couche dans les plates-bandes, un paresseux actif, une solitude entourée de monde, un étudiant qui dort en classe, un stratège qui fait semblant d’être ivre quand il veut qu’on lui foute la paix ».
Un jour, lors d’un tournage au Brésil, Welles découvre la photo du magazine Life représentant Rita Hayworth à genoux, dans un déshabillé en satin, son regard fixant un point situé sur la droite de la photo. Dès lors, le cinéaste se jure d’épouser cette femme qui le fascine tant. Il rentre des Etats-Unis, l’invite à dîner et lui fait la cour. L’actrice ne résiste pas longtemps.
Après avoir subi une enfance sous l’autorité de son père qui abusait d’elle, Rita Hayworth débute sa carrière par des petits rôles et tombe rapidement sous le joug du très puissant et très redouté Harry Cohn, le patron de la Columbia.
Désormais sous contrat, Rita Hayworth peine à trouver des rôles intéressants et ne met pas suffisamment en avant ses qualités de danseuse, bien qu’elle ait tourné dans deux comédies musicales avec le maître des danseurs, Fred Astaire.
Mais durant cette période, Rita Hayworth subit le harcèlement permanent d’Harry Cohn qui essaya par tous les moyens de coucher avec elle. Face au refus de l’actrice, le magnat usa de tous les stratagèmes, même les plus pernicieux (il posa notamment des micros dans sa loge), et n’eut de cesse que de lui faire payer son rejet.
Apprenant la liaison de sa vedette avec Welles, il ira jusqu'à lui interdire de jouer dans la nouvelle production théâtrale du cinéaste, le Mercury Wonder Show. Malgré tout, les deux amants décident de se marier le 7 septembre 1943.
Mais la vie conjugale connaît rapidement des soubresauts, le comportement de l’un et la jalousie maladive de l’autre n’arrangeant pas les choses. Jusqu’à leur imprévisible renaissance artistique.
La dame de Shanghai nait d’une légende, celle alimentée par le journaliste Erskine Johson qui a prétendu qu’Orson Welles avait téléphoné à Harry Cohn pour lui demander les quelques dizaines de milliers de dollars dont il avait besoin pour continuer la production du Tour du monde en 80 jours, ambitieuse comédie musicale qu’il mettait en scène à Broadway, en passe de devenir un fiasco financier.
Le mogul accepta de lui donner l’argent, à condition que Welles réalise un film pour lui. Le réalisateur lui aurait alors proposer l’adaptation d’un roman qu’il n’avait même pas lu, If I Die Before I Wake de Sherwood King, dont il avait opportunément aperçu la couverture au moment de son échange avec Cohn.
William Castle, producteur exécutif de La Dame de Shanghai, livre lui une toute autre version. C’est lui qui aurait rédigé un traitement du roman et l’aurait remis à Welles qui l’aurait proposé à Cohn sans l’avertir.
Welles s’attaque à l’adaptation du roman et change de titre. Il appelle d’abord son scénario Black Irish, en référence au personnage de Michael O’Hara qu’il interprète, un marin irlandais qui sauve d'une agression une jeune femme, Elsa Bannister avec laquelle il embarque sur le yacht de son mari, pour une croisière vers San Francisco.
Puis le cinéaste suggère Take this woman, et The Girl from Shanghai avant que le choix définitif soit porté sur The Lady of Shanghai.
Welles subit la censure du code Hays qui lui demande de réécrire la fin initialement prévue dans laquelle Elsa Bannister, meurtrière, finissait par échapper à la justice en se suicidant. A la place, les deux époux Bannister s’entretuent, ce qui paraît moralement plus acceptable.
La recherche de l’actrice pour incarner Elsa Bannister, la femme fatale et manipulatrice, commence. Harry Cohn impose rapidement à Welles Rita Hayworth, la seule véritable star de la Columbia. Welles racontera plus tard au réalisateur Henry Jaglom sa version des faits :
« Au départ, j’allais concocter un petit truc de série B avec une fille que j’avais fait venir de Paris. Et puis Rita est venue et elle a pleuré, elle a supplié pour avoir le rôle, et bien sûr que j’ai dit oui. Donc brusquement je me retrouve avec la poule aux œufs d’or du studio, dont je me suis séparé depuis un an. »
En effet, la situation n’était pas vraiment propice pour une collaboration artistique de cette importance. De plus, les deux comédiens sont censés jouer deux amants emportés dans une spirale de mensonge et de crimes.
Rita Hayworth sort tout du juste du triomphe de Gilda qui a fait d’elle une icône glamour. Mais Welles veut donner une toute autre image de l’actrice, loin de la femme à la chevelure rousse et gantée de noir. Il décide de la transformer en blonde platine aux cheveux courts, ce qui a pour effet de mettre en fureur Harry Cohn, vitupérant : « Oh my God ! What has that bastard done ? »
Le reste de la distribution, Welles le puise dans sa troupe du Mercury Theatre, déjà engagée dans Citizen Kane et La Splendeur des Amberson. Ainsi, Everett Sloane interprète le mari de Rita Hayworth, le brillant avocat pénaliste Arthur Bannister, et Glenn Anders joue l’associé d’Arthur Bannister, George Grisby, qui propose à Michael 5000 dollars pour signer un papier dans il confesse avoir tué Bannister.
Orson Welles ne veut pas s’enfermer dans les studios et privilégie les décors en extérieurs, un choix qui s’éloigne des standards de production de l’époque. Ainsi, il tourne l’une des séquences, à la tonalité quasi documentaire, dans le Mandarin Theatre à San Francisco.
Le tournage débute en octobre 1946. L’équipe, composée d’une cinquantaine d’acteurs et techniciens, s’installe pendant plusieurs semaines au Mexique et à Acapulco, et tourne plusieurs séquences sur le yacht d’Errol Flynn, le Zacca, rebaptisé Circé dans le film.
Welles ne cesse de réécrire le scénario, ajoutant à l’intrigue des éléments plus personnels, comme le ton très satirique de la scène du procès où le juge joue aux échecs à l’heure du verdict, et cette réplique lancée par son personnage à la compagnie de Bannister dans laquelle il les compare à une bande de requins prête à s’entredévorer, attirés par l’odeur du sang.
Mais surtout, l’actrice ne supporte plus son époux de cinéaste, en venant même à quitter momentanément le tournage. Au bord du divorce, le couple pouvait espérer que La Dame de Shanghai soit leur bouée de sauvetage. Mais les tensions accumulées ont pour conséquence de détériorer encore un peu plus leur union.
Avec son chef opérateur, Charles Lawton Jr, Welles s’attache à d’importants défis techniques et s’essaye à d’intenses expérimentations visuelles. Il porte une attention toute particulière à la fin du film qui se déroule dans un parc d’attractions que le cinéaste a repeint durant des nuits entières. A l’intérieur, Michael, qui a échappé aux policiers lors de son procès, voit le couple Bannister s’entretuer dans un palais de glaces. 270 mètres carrés de surface réfléchissante constituée de 104 grands miroirs mesurant plus de deux mètres de hauteur, dont 24 étaient déformants, ont été nécessaires à la réalisation de cette séquence, d’une inventivité et d’une virtuosité sidérante.
Le tournage s’achève en février 1947, avec un dépassement de budget de 2 millions de dollars. Quelques semaines plus tard, Welles termine un premier montage d’une durée de 2h30. Mais Harry Cohn, mécontent, ordonne de retourner plusieurs scènes et demande d’ajouter des gros plans de Rita Hayworth.
Dépité, Welles doit changer de chef opérateur, convoquant tour à tour Rudolph Maté puis Joseph Walker, et filmer les nombreux gros plans en studio de sa comédienne vedette.
Les coupes imposées par Cohn rendent le montage du film de plus en plus chaotique. On demande alors à Welles d’écrire une voix-off prononcée par Michael O’Hara sur toute la durée du métrage.
La post-production échappe de plus en plus au cinéaste, qui ne supervise ni l’enregistrement de la musique composée par Heinz Roemheld, ni la bande sonore dans laquelle le cinéaste souhaitait inclure des musiques latino américaines savamment choisies. Le montage final, ramené à 1h30, ne trouvera pas grâce aux yeux de Welles qui n’aura de cesse que de le critiquer.
Harry Cohn veut que la promotion du film soit presque exclusivement centrée autour de Rita Hayworth et de son image glamour véhiculée par Gilda. Dans une affiche publicitaire parue au moment de la sortie du film, on peut même y lire : « Vous oublierez qu’il n’y a jamais eu une femme comme Gilda… quand vous ferez la connaissance de La Dame de Shanghai. »
Orson Welles n’apprécie pas cette publicité ni les critiques à son endroit, qui lui reprochent sa mégalomanie et sa volonté de tout contrôler, mais aussi son interprétation de Michael O’Hara que certains jugent guère convaincante et pas adaptée au personnage. On se moque même de son faux accent irlandais.
Certaines critiques sont cependant plus positives, bluffées notamment par la scène du parc d’attraction, rebaptisée le palais de la folie, devenue depuis l’une des séquences les plus imitées de l’histoire du cinéma. Mais elles n’empêcheront pas le film d’être un échec commercial.
Amer et résigné, le cinéaste reniera le film, remonté contre son gré et saboté par le studio, et s’en ira tourner deux adaptations de Shakespeare consécutives, Macbeth et Othello, avant de retenter quelques années plus tard sa chance au sein des studios avec La Soif du Mal, qui connaîtra le même sort.
Rita Hayworth et Orson Welles divorcent quelques mois après la sortie de La Dame de Shanghai, le 1er décembre 1948. Bien que leur amour n’ait pas survécu aux affres de la création et d’Hollywood, Welles admirait l’actrice Rita Hayworth, louant ses talents pas suffisamment reconnus : « Sa qualité essentielle était la douceur. On devinait en elle une richesse, une épaisseur qui la rendaient très intéressante, et que l’on trouve rarement chez une star de cinéma ».
Rita Hayworth ne se remettra pas de la souffrance infligée par les hommes, d’Harry Cohn à Orson Welles, manipulée par leurs désirs et prisonnière à jamais de son image, comme elle le constatait amèrement : « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi ».
Après la sortie du film, la star s’éloignera du cinéma pendant plusieurs années avant d’y revenir, acculée par des problèmes financiers. Elle sera même obligée de faire appel à son pire ennemi, Harry Cohn qui ne pourra pas relancer une carrière qui connaîtra un inexorable déclin.
Bien qu’amputée de sa vision originale, La Dame de Shanghai demeure l’une des œuvres les plus envoutantes et déroutantes d’Orson Welles, dans lequel le cinéaste se joue des codes du film noir, et où il parvient, le temps d’une sublime séquence dans un aquarium, à transfigurer une histoire d’amour banale en romance inquiétante et morbide d’une ténébreuse beauté.
Antoine Jullien
La Dame de Shanghai d'Orson Welles - 1947 - Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane et Glenn Anders. Disponible en DVD et Blu-Ray chez Carlotta Films.
vendredi 26 septembre 2025
Festival Lumière, Michael Mann à l'honneur
Chaque automne, Lyon se transforme en temple du cinéma de patrimoine : le Festival Lumière revient du 11 au 19 octobre 2025 pour sa 17ᵉ édition. Organisé par l’Institut Lumière, ce rendez-vous international célèbre non seulement les œuvres du passé restaurées, mais aussi les voix encore vives du cinéma classique à travers des hommages, des masters class, des projections géantes, et plus encore.
Il rassemble les passionnés, les professionnels, les jeunes, tous unis autour d’un même amour pour le cinéma.
mardi 7 novembre 2023
Robert Altman, le franc-tireur d'Hollywood
La carrière de Robert Altman se place sous le signe de la provocation, de l'iconoclasme, du défi.
Surfant sur le vent de liberté apporté par le Nouvel Hollywood, il se lança dans une série d'aventures audacieuses, ne se pliant jamais ni aux diktats commerciaux ni à la mode.
Réputé colérique et irascible, son attitude et son anticonformisme vont le faire bannir des studios avant un spectaculaire come-back au début des années 90.
A l'occasion d'une rétrospective de son oeuvre au festival Lumière, replongeons dans le monde de Robert Altman que le critique Robert Benayoun avait justement dénommé "le chaos fertile".
mardi 18 juillet 2023
André Cayatte, un cinéaste mal aimé
samedi 24 juin 2023
Tomás Gutiérrez Alea, le cinéma cubain sous la révolution
Le cinéma cubain a mis du temps avant de se faire connaître en dehors des frontières de l'île.
Contraints de se plier aux préceptes de la Révolution, les cinéastes n'avaient d'autre choix que de se soumettre ou s'exiler.
Tomás Gutiérrez Alea choisit une voie médiane, supporter de la Révolution tout en pointant ses dérives, avec un sens critique suffisamment acceptable pour les tenants du régime.
A l'occasion de la sortie en Blu-Ray et DVD d'un coffret regroupant trois films emblématiques du cinéaste , La mort d'un bureaucrate (1966), La Dernière Cène (1977) et Fraise et chocolat (1993), édité par Tamasa, plongeons dans le parcours de ce réalisateur méconnu à travers les soubresauts sociétaux et politiques de son pays.
"Une histoire de cinéma", un podcast Revus et Corrigés, écrit et animé par Antoine Jullien, disponible sur toutes les plateformes de podcast.mercredi 10 mai 2023
Alain Jessua, le cinéma hors des normes
Le nom d'Alain Jessua n'est pas très connu du grand public et pourtant il fut l'un des rares cinéastes en France à oser aborder le cinéma d'anticipation, parfois à la lisière du fantastique.
Un réalisateur prémonitoire et intuitif dont la majorité des films a traité de thèmes qui font toujours l'actualité : l'obsession du tout sécuritaire, l'exploitation des travailleurs immigrés, la société du spectacle, la peur de vieillir.
Le cinéma de Jessua est aussi peuplé des grandes stars des années 70 et 80 : Alain Delon, Annie Girardot, Patrick Dewaere, Gérard Depardieu, Jean Yanne.
A l'occasion de la sortie en Blu-ray de Traitement de choc et Armaguedon dans la collection "Nos années 70" éditée par Studio Canal, replongeons dans la carrière de ce cinéaste iconoclaste et ambitieux.
"Une histoire de cinéma", un podcast Revus et Corrigés, écrit et animé par Antoine Jullien, en partenariat avec Tsugi Radio, disponible sur toutes les plateformes de podcast.
mardi 20 décembre 2022
Autour de minuit : quand le cinéma s'accorde au jazz
Le jazz et le cinéma ont mis du temps avant de trouver une relative harmonie.
D'abord méprisé par Hollywood, ce genre musical majeur issu de la culture noire va véritablement prendre son essor sur pellicule à la fin des années 50.
Mais c'est un cinéaste français, Bertrand Tavernier, qui le premier va réussir à évoquer l'essence du jazz dans Autour de minuit, qui ressort en salles le 16 novembre.
Et deux ans plus tard, Clint Eastwood rendra hommage à cette musique si proche de lui dans Bird, sur la vie agitée du génial saxophoniste Charlie Parker.
Jazz et cinéma s'interpellent et se répondent l'un l'autre, dans un grand morceau nourri d'improvisations et de ruptures que nous allons tenter d'explorer.
mardi 11 octobre 2022
Des Valseuses à Calmos, grandeur et décadence de Bertrand Blier
Au début des années 70, le cinéma se fait de plus en plus subversif. Orange Mécanique, Le dernier tango à Paris et La grande bouffe ont provoqué d'immenses scandales, bouleversant la morale et l'ordre établi.
C'est aussi l'époque où le mouvement féministe prend une ampleur éminente.
Bertrand Blier, alors cinéaste en devenir, va lui dynamiter la société française avec Les Valseuses, qui va connaître un triomphe et beaucoup de remous.
Mais deux ans plus tard, c'est la douche froide avec Calmos, échec public et critique cinglant, et charge féroce contre le féminisme.
A l'occasion de la sortie d'une nouvelle collection de 36 films édités par Studio Canal, "Mes années 70", dont Calmos fait partie, retour sur l'oeuvre sulfureuse et polémique de Bertrand Blier, l'un de nos cinéastes les plus audacieux et francs-tireurs.
mardi 26 juillet 2022
Henri Verneuil, une certaine idée du cinéma populaire
Qui était Henri Verneuil ? Un artisan consciencieux ? Un professionnel émérite ? Un cinéaste sous-estimé ? Il était tout cela à la fois.
Roi du box-office qui a fait tourner les plus grandes stars, le plus américain des réalisateurs français a traversé le cinéma durant près de cinquante ans.
A l'occasion de la sortie en DVD/Blu-ray de I... comme Icare et Mille milliards de dollars, édités chez Gaumont, Antoine Jullien vous raconte comment le cinéaste a su s'investir dans des oeuvres plus ambitieuses qui, si elles n'ont pas eu l'impact espéré en leur temps, méritent aujourd'hui d'être redécouvertes.
mardi 28 juin 2022
John Huston, l'aventurier désinvolte du cinéma
John Huston a été un cinéaste prolifique. Plus de 40 films sur plus de quatre décennies. Ce passionné de chevaux et de peinture a toujours su garder sa liberté, même au prix de certaines compromissions.
Boxeur amateur, trublion distingué, buveur invétéré, John Huston était une force de caractère, qui n'était pas du genre à s'en laisser conter.
Si le cinéaste n'a pas réalisé que des chefs d'oeuvre, il a signé plusieurs plusieurs films rentrés dans l'histoire du cinéma : Le Faucon maltais, Quand la ville dort, L'homme qui voulut être roi, Les Désaxés, L'honneur des Prizzi et Gens de Dublin, son oeuvre ultime.
A l'occasion de la sortie en DVD/Blu-ray de Moulin Rouge et African Queen, édités par Studio Canal, plongeons dans ces deux aventures cinématographiques majeures dans la carrière d'un réalisateur qui a toujours su être lucide face à la nature humaine.
mardi 10 mai 2022
La J-Horror, le cinéma d'horreur japonais
Pourquoi frissonne-t-on au cinéma ? Qu'est-ce qui nous procure cette sensation ? A coup sûr, les japonais sont devenus des maîtres en la matière.
A la fin des années 90, une déferlante horrifique secoue le monde entier. C'est Ring d'Hideo Nakata qui déclenche cette nouvelle vague, que l'on a aussi appelée J-Horror.
Mais pourquoi un tel engouement ? Les fantômes sont-ils si proches de nous ?
A l'occasion de la ressortie en salles de trois films emblématiques du genre, Ring, Dark Water et Audition, tremblons à nouveau devant ces spectres nippons qui n'ont pas fini de malmener nos cauchemars.
mardi 12 avril 2022
Jiří Menzel, la comédie est une arme !
La nouvelle vague du cinéma tchèque, apparue au début des années 60, a représenté une véritable embellie, finalement écrasée par les chars soviétiques qui sonnèrent le glas du Printemps de Prague.
Des cinéastes issus de cette génération (Milos Forman, Vera Chytilova, Jan Nemec), Jiri Menzel n'est pas le plus connu des cinéphiles. Et pourtant, il remporta l'Oscar du meilleur film étranger pour son premier long métrage, Trains étroitement surveillés, en 1968.
A l'occasion de la rétrospective de trois de ses films en copie restaurée (Trains étroitement surveillés, Alouette, un fil à la patte et Une blonde émoustillante), replongeons dans cette époque vivante et tourmentée à travers le parcours de ce réalisateur iconoclaste dont la comédie était une arme.
"Une Histoire de cinéma", un podcast Revus et Corrigés, écrit et présenté par Antoine Jullien































